Avec une affiche alléchante (Robert Downey Jr et Robert Duvall) et ancré dans un univers référencé dont le ciné­ma se repaît depuis des décen­nies (le film de pré­toire), Le Juge peut sus­citer une cer­taine curiosité. Réal­isé par David Dobkin, plutôt habitué aux comédies (Ser­i­al noceurs, Frère Noël, Échange stan­dard), le long-métrage voudrait se situer dans la lignée des pro­ce­dur­al movies, mât­iné d’une touche de drame famil­ial. Mais après 2h20 de spec­ta­cle, ne demeure que la patine d’un ciné­ma à papa, pous­siéreux et pro­fondé­ment ennuyeux.

Hank Palmer (Robert Downey Jr), avo­cat sans morale auréolé de suc­cès con­testa­bles (il s’est fait une spé­cial­ité de défendre les coupables, les inno­cents n’ayant pas les moyens de s’offrir ses ser­vices) apprend le décès de sa mère et doit illi­co presto se ren­dre dans sa bour­gade d’origine où l’attendent les con­flits famil­i­aux qu’il a ten­té d’enterrer. Fils du juge Palmer (Robert Duvall), une fig­ure locale respec­tée, Hank va devoir pro­longer son séjour au-delà des funérailles mater­nelles, son père se révélant bien­tôt l’unique sus­pect d’un meurtre. Mal­gré l’animosité entre les deux hommes, le clan se soude tant bien que mal pour faire face à cette accu­sa­tion lourde de con­séquences.

Calamity Bob

Dès les pre­mières min­utes d’exposition du per­son­nage cam­pé par Robert Downey Jr, on com­prend que la finesse ne sera pas au ren­dez-vous du Juge. Le por­trait a pri­ori détestable de l’avocat n’aura de cesse d’être redoré à l’aune des révéla­tions suc­ces­sives de son enfance dif­fi­cile. Un père à l’éducation rigide, des résul­tats sco­laires édi­fi­ants qui n’ont jamais sus­cité chez le pater­nel une quel­conque fierté, un trau­ma qui lie Hank à son frère Glen (Vin­cent D’Onofrio), rien n’est épargné au spec­ta­teur. David Dobkin sem­ble ain­si égren­er tous les clichés psy­chol­o­gisants pour ali­menter cette pseu­do guerre famil­iale et les effets délétères qu’elle pro­duit encore sur la vie de l’avocat. Si jadis Robert Downey Jr savait tir­er de son physique avan­tageux un jeu nuancé (Chap­lin, Won­der Boys), il a depuis son impli­ca­tion dans la fran­chise Mar­vel (Iron Man et autres Avengers) som­bré dans une car­i­ca­ture de lui-même, le play­boy bour­ré d’autodérision. Propul­sé dans un univers som­bre et dénué de tout effet spé­cial, il peine à exis­ter à l’écran, sa com­po­si­tion flir­tant par­fois avec le ridicule quand il s’agit d’émouvoir. Le fron­ce­ment des sour­cils et le pince­ment des lèvres se révè­lent bien insuff­isant pour con­va­in­cre, d’autant plus qu’il affronte lors de nom­breuses séquences Robert Duvall, acteur tout en retenue qui campe un juge vieil­lis­sant aux portes de la sénil­ité, inca­pable d’exprimer ses sen­ti­ments. À la dual­ité des per­son­nages répond ain­si une dis­pro­por­tion de qual­ité de jeu dont le film ne sort mal­heureuse­ment pas gag­nant.

Plaidoyer pour les clichés

Si Le Juge se con­tentait d’enregistrer une mau­vaise per­for­mance d’acteur, l’honneur serait sauf. Mais côté scé­nario, cousu de fil blanc, ce n’est guère mieux. Tous les élé­ments font fig­ure de déjà-vu de la petite amie oubliée sur place par Hank, qui aime tou­jours vingt ans après celui qui l’a plan­tée là comme un légume au petit frère un peu attardé qui incar­ne le ciment de cette famille dys­fonc­tion­nelle, en pas­sant par l’analogie lour­dingue entre une tem­pête qui rav­age la ville et l’affrontement père/fils. Qu’il s’agisse de la con­struc­tion des per­son­nages ou du réc­it, Le Juge s’enfonce dans des pon­cifs éculés que l’enjeu du film (la con­damna­tion éventuelle de Robert Duvall) ne parvient pas minor­er. Le triste hap­py-end résume à lui seul l’indigence du pro­jet. La mort efface les haines du passé, répare les êtres et renoue les idylles. 2h20 pour en arriv­er là, c’est un peu long tout de même.