Un nuage dans un verre d’eau, pre­mier film de son auteur Sri­nath Christo­pher Sama­ras­inghe, sem­ble par­fois hand­i­capé par une volon­té de trop bien faire. Mal­gré tout, on trou­ve dans ce coup d’es­sai quelques jail­lisse­ments qui appel­lent une forme d’at­tente de l’œu­vre à venir, un poil plus mature.

Un nuage dans un verre d’eau est claire­ment atteint du syn­drome du pre­mier film qui voudrait faire de ce dernier une syn­thèse par­faite des désirs et idées ciné­matographiques de son auteur. Sri­nath Christo­pher Sama­ras­inghe veut tout dire, tout faire, tout essay­er. On ne pour­ra pas lui reprocher l’ab­sence d’am­bi­tion ou la timid­ité du débu­tant dans le plon­geon des formes et des gen­res que le ciné­ma offre. Thriller mât­iné de sci­ence-fic­tion et de réc­it intimiste, son film est un drôle de méli-mélo qui tente presque tout, au risque par­fois de se per­dre dans les méan­dres de l’à peu près et du frôle­ment un peu super­fi­ciel. Tout com­mence comme un jour­nal filmé : M. Noun, pro­jec­tion­niste égyp­tien veuf et vieil­lis­sant, vit dans un petit apparte­ment du 18e arrondisse­ment de Paris. Il partage avec sa voi­sine Anna, une pros­ti­tuée roumaine mal­menée par son maque­reau, un quo­ti­di­en un peu morne, cloi­son­né, que le petit-fils de M. Noun décide de filmer. Les témoignages du présent et du passé s’en­tremê­lent, met­tant l’ac­cent sur la nos­tal­gie de l’im­mi­gré, la soli­tude du veuf, la mis­ère économique, jusqu’au moment où le film dans le film rejoint l’in­trigue générale, cen­trée sur la dis­pari­tion de M. Noun.

On retrou­ve beau­coup de Léo Malet dans ce Paris pop­u­laire et fan­tasque où se croisent les piliers de comp­toir, les maque­reaux trafi­quants à la petite semaine, les adeptes du télé­phone rose et les immi­grés sol­idaires. C’est cette fan­taisie qui réus­sit à faire le lien au milieu des para­dox­es du film : Sri­nath Christo­pher Sama­ras­inghe est vis­i­ble­ment attiré par la tran­scrip­tion de douleurs sim­ples et tran­chantes comme celle de l’ex­il, de l’in­com­préhen­sion et de l’i­nadap­ta­tion sociale. Les réus­sites visuelles (celle, par exem­ple, du jour­nal intime de M. Noun, baigné du clair-obscur des dis­sen­sions famil­iales) sont cepen­dant noyées dans la volon­té de sur­pass­er le sujet formelle­ment, par une kyrielle de sor­ties imag­i­na­tives et de cas­sures ryth­miques et nar­ra­tives. Cer­taines scènes sem­blent ain­si n’ex­is­ter que pour appro­fondir le style du film, son effet, le ren­dre plein, sans que l’on en com­prenne le sens réel : l’his­toire de la carotte en accéléré, le dessin ani­mé de res­pi­ra­tion, les sail­lies un peu naïves («La haine tue tou­jours mais l’amour ne meurt jamais») mon­trent un réal­isa­teur tirail­lé entre le désir de racon­ter, de ren­dre hom­mage et celui, bien humain, de met­tre en valeur un bric-à-brac assez pro­lifique. Avec une envie aus­si sincère et un tal­ent réel bien qu’alour­di par quelques mal­adress­es, on peut atten­dre de Sri­nath Christo­pher Sama­ras­inghe un deux­ième peut-être plus con­cen­tré et plus sûr de sa ligne direc­trice.