Le Dernier Pub avant la fin du monde réu­nit Nick Frost, Simon Pegg et Edgar Wright, le trio de Shaun of the Dead et de Hot Fuzz, pour le troisième volet de la « trilo­gie Cor­net­to ». Comme de juste, il y est ques­tion de fin du monde, ou com­ment Gary King, quadragé­naire bien tassé n’ayant rien fait de sa vie, remonte sa bande de potes de lycée pour finir le barathon qu’ils avaient lais­sé inachevé, le soir du dernier jour de leur sco­lar­ité. Objec­tif : boire une pinte dans les douze pubs de la ville, y com­pris dans le dernier, le bien nom­mé « World’s End », et s’apercevoir sur le chemin, logique­ment, que le monde touche à sa fin.

Nick Frost et Simon Pegg ressus­ci­tent le duo de Shaun of the Dead, en miroir : au tour, cette fois, de Pegg d’in­car­n­er l’éter­nel ado­les­cent irre­spon­s­able – un vrai per­dant, pour­tant man­i­feste­ment con­sid­éré avec beau­coup de bien­veil­lance par le film. Jusque dans le per­son­nage incar­né par Pegg dans Hot Fuzz, transparais­sent les insécu­rité d’un adulte dont la cul­ture fic­tion­nelle large lui a lais­sé croire qu’il pour­rait être le héros de ses aven­tures – à tort. Le monde réel est trop dur pour les pro­tag­o­nistes de l’u­nivers de Frost, Pegg et Wright, d’où la néces­sité de l’in­ter­ven­tion du fan­tas­tique – un diag­nos­tic per­ti­nent pour tout geek cinéphile, lit­téraire ou ludophile, à vous de choisir. La sincérité de l’amour dans lequel ces per­dants sont tenus est man­i­feste tout au long de la trilo­gie Cor­net­to[1], et le signe d’une cer­taine matu­rité nar­ra­tive vis-à-vis des gen­res abor­dés : ici, le film d’in­va­sion extrater­restre, comme, dans Shaun of the Dead, le film de zom­bies. Ni héros, ni anti-héros, les pro­tag­o­nistes de la trilo­gie sont tout sim­ple­ment des gens vague­ment ploucs, vague­ment attachants, vague­ment nor­maux.

On ne cesse de faire le par­al­lèle entre Le Dernier Pub avant la fin du monde et Shaun of the Dead – prob­a­ble­ment parce que le pre­mier est un calque du deux­ième. C’est d’au­tant plus éton­nant que l’équipe Cor­net­to avait mon­tré, avec Hot Fuzz, la ver­sa­til­ité de son style. S’il paraît moins fougueux, moins spon­tané, Le Dernier Pub avant la fin du monde est plus soucieux que Shaun of the Dead de bro­carder avec per­ti­nence son genre d’élec­tion – plutôt que de le dyna­miter tout sim­ple­ment, comme ce fut le cas avec le film de zom­bies. Du côté des méchants, les codes tra­di­tion­nels sont bien présents, mais c’est avant tout l’hu­man­ité qui en prend pour son grade : ain­si, voilà nos héros oblig­és de com­bat­tre pour leur lib­erté (jusque-là tout va bien) …leur lib­erté de se cuiter le muse­au à loisir, d’être par­faite­ment crétins, irre­spon­s­ables, unique­ment préoc­cupés de leur pro­pre amuse­ment sans souci des con­séquences.

Bon­jour la gloire. Mais il faut avouer que, après une légion de héros héroïque­ment préoc­cupés du bien com­mun, ça rafraî­chit. L’équipe Cor­net­to décide de tourn­er le dos à l’op­tion dure, au cynisme bru­tal[2] pour faire le por­trait d’hu­mains pathé­tiques, agaçants mais touchants – et c’est sans doute la grande réus­site du film. Que celui-ci soit un calque presque lit­téral de Shaun of the Dead est très déce­vant : cela per­met cepen­dant de percevoir pleine­ment com­ment le style potache des Cor­net­to Frost, Pegg et Wright évolue. Une décep­tion à nuancer, et dont même les défauts sont plaisants.

Notes

Notes
↑1 Ain­si nom­mée parce que cha­cun des trois films voit un pro­tag­o­niste manger une glace, respec­tive­ment rouge, blanche et bleue.
↑2 Dont on peut voir beau­coup d’ex­em­ples dans les films ou séries post-apoc­a­lyp­tiques récents : The Walk­ing Dead, Infec­tés…