Dans la famille des prési­dents améri­cains, je demande Franklin Delano Roo­sevelt. Ici à la cam­pagne coincé entre his­toires de cuiss­es et grandes affaires du monde.

Après Lin­coln, c’est donc au tour de Roo­sevelt de faire l’objet d’une incar­na­tion ciné­matographique. Via l’interprétation de Bill Mur­ray, on retrou­ve l’homme mali­cieux et souri­ant, œil vif et intel­li­gence affutée. Il sera per­mis de con­stater que ce corps mal­traité par la polio ne se télé-trans­portait pas d’un point à un autre – il est tou­jours représen­té assis – des pièces et du globe, mais qu’on le por­tait à bras d’homme lorsqu’il ne se déplaçait pas avec ses béquilles ou en fau­teuil roulant. En 1939, le bruit des canons se pré­cise tou­jours plus en Europe, tan­dis que les États-Unis camp­ent sur une doc­trine de non-inter­ven­tion plus en rai­son de l’opinion publique et des équili­bres par­lemen­taires que de la con­vic­tion du prési­dent Roo­sevelt. On y vien­dra, mais Week-end roy­al établit un ample détour par les amours prési­den­tielles, puisque le cen­tre de grav­ité du réc­it – par le truche­ment d’une voix off lénifi­ante – con­siste en la rela­tion de Roo­sevelt avec sa cou­sine Daisy, une femme timide mais qui sait – en lui soumet­tant l’idée – pren­dre les choses en mains pour soulager son homme dans une décapotable au milieu d’un champ fleuri.

Lors de ce week-end, le cou­ple roy­al bri­tan­nique est atten­du pour une par­tie de cam­pagne très poli­tique – avec l’in­ten­tion d’in­fléchir la posi­tion iso­la­tion­niste améri­caine. Pas facile pour le roi George VI, à son désor­mais bien con­nu bégaiement s’ajoute l’or­eille dis­traite d’un Roo­sevelt tout autant affairé à ses affaires de joli cœur. Quant à la reine Eliz­a­beth, elle décou­vre hor­ri­fiée que l’on servi­ra des hot-dogs lors d’un pique-nique domini­cal – la pau­vre ne s’en remet pas. Ce run­ning gag va être exploité jusqu’à la moelle, pour aboutir à une scène ridicule au sym­bol­isme pesant plusieurs tonnes : le roi cro­quant à pleines dents dans ce mets dont la saucisse a été déli­cate­ment badi­geon­née de moutarde par Daisy… Cette ren­con­tre entre la vieille Europe et les manières décon­trac­tées améri­caines aurait pu don­ner lieu à un jeu amu­sant, elle ne con­siste qu’en une chute piteuse digne d’un slo­gan pub­lic­i­taire : le bon­heur, c’est sim­ple comme un hot-dog ! Mais on a déjà bais­sé les armes devant un tel pro­duit siru­peux, où les femmes sont vouées à sat­is­faire ce bon Roo­sevelt sans le moin­dre con­tre­point, en l’embêtant un peu tout de même, notam­ment cette mère marâtre, hôtesse de la petite sauterie. Ne par­lons de Daisy, sorte de jou­jou (aus­si pour la nar­ra­tion, la brave a le mérite d’offrir un point de vue sin­guli­er au réc­it) ; quant à l’épouse du prési­dent, elle est ren­voyée à un statut de les­bi­enne con­stru­isant des meubles en bois avec quelques copines du gynécée.

Week-end roy­al est un de ces biopics bri­tan­niques adop­tant le point de vue du trou de la ser­rure pour regarder évoluer les grands de ce monde, sorte d’avatar de La Dame de Fer, sans toute­fois attein­dre la puis­sance de frappe indé­pass­able de ce navet déjà entré dans la légende. Quoi qu’il en soit, la mise en scène sem­ble ici se met­tre à la recherche d’une déf­i­ni­tion du cot­tage movie, dans un souci obses­sion­nel du détail déco­ratif, mais aus­si, retour de bâton, un aspect affreuse­ment chargé et com­passé où tout doit se trou­ver à sa place. Pourquoi pas. Mais le prob­lème est que les femmes font par­tie des objets de la char­mante maison­née. Au moins le fond et la forme s’accordent-ils par­faite­ment et aucune mégère ne vien­dra crier au loup au sein d’un trou­peau aus­si bien gardé.