Tourné en onze jours dans les rues d’Abid­jan, ce petit film ivoirien fait avec les moyens du bord déploie une énergie par­fois mal­adroite, mais assez touchante. Burn It Up Djas­sa prend la forme d’une légende urbaine, slam­mée par un nar­ra­teur en Nouchi, dont la présence vient entre­couper les dif­férents épisodes de l’his­toire. L’ac­tion se déroule dans le ghet­to d’Abid­jan et la rue Princesse, quarti­er d’en­fance du réal­isa­teur et lieu de fréquen­ta­tion peu envi­able où Tony, vendeur de cig­a­rettes ambu­lant, vit avec sa sœur, Ange, qui tra­vaille dans un salon de coif­fure et se pros­titue occa­sion­nelle­ment. Suite à une alter­ca­tion avec une bande du quarti­er, Tony poignarde un jeune homme. Le réc­it prend alors un tour trag­ique et un peu con­venu puisque le grand frère de Tony est un polici­er qui va se retrou­ver impliqué dans cette enquête et, inévitable­ment, décou­vri­ra l’i­den­tité du meur­tri­er.

Si Burn It Up Djas­sa ne séduit pas par son réc­it cousu de fil blanc, son ver­sant doc­u­men­taire se mon­tre en revanche plus con­va­in­cant. Lone­some Solo offre une plongée frap­pante à l’in­térieur d’Abid­jan, appuyé par des acteurs non-pro­fes­sion­nels plein d’al­lant. Le film joue avec les reg­istres de lan­gage entre slam, argot et chants locaux, et com­pose une brève mosaïque de la cul­ture ivoiri­enne, du four­mille­ment de la ville, de sa géo­gra­phie désor­don­née, de ses dan­gers, qu’il capte en autant d’in­stan­ta­nés pris sur le vif. Ce ver­sant con­stitue égale­ment en creux un beau doc­u­ment de tour­nage, par ses éclairages rudi­men­taires que l’on imag­ine bricolés avec quelques spots, des scènes élaborées avec une cer­taine non­cha­lance et par­fois mal­adroite­ment cadrées. Les ambiances noc­turnes, entre errance et désœu­vre­ment des per­son­nages, sont des moments trop rares que l’on aurait voulu voir explorés plus avant. Mais l’on sent ici une urgence et une néces­sité de filmer, une ten­ta­tive de doc­u­menter le quo­ti­di­en d’Abid­jan tout en tirant de sa richesse une matière fic­tion­nelle, ce qui con­stitue déjà un min­i­mum suff­isant pour se laiss­er cueil­lir par le film.