Nous avons suff­isam­ment grogné, durant cette Berli­nale, con­tre le manque d’au­dace et de par­ti pris fort au sein des films alle­mands que nous avons pu voir, pour recon­naître la grande qual­ité et la cohérence de celui-ci. Das merk­würdi­ge Kätzchen est placé sous le sceau du quo­ti­di­en, et se pro­pose de suiv­re une journée typ­ique de week-end (un same­di) d’une famille alle­mande. Le film se déroule en grande par­tie dans l’ap­parte­ment de la famille, et notam­ment dans la cui­sine, lieu d’échanges et de cir­cu­la­tion.

Das merk­würdi­ge Kätzchen procède d’une écri­t­ure par petites touch­es, s’at­tachant par­ti­c­ulière­ment aux détails qui ponctuent la vie d’une famille dans un intérieur clos (un verre qui tombe et se brise, le regard per­du du chien), tous ces épiphénomènes qui fondent la vivac­ité de notre monde et que l’on finit, par habi­tude, par ne plus voir. Le film porte donc un regard neuf et atten­tif, et laisse sou­vent l’ac­tion hors champ pour s’at­tach­er à sa périphérie, à‑côté essen­tiel qui cimente notre réal­ité, en usant du plan fixe avec une grande maîtrise. Ain­si, le cen­tre de l’ac­tion n’est bien sou­vent pas les per­son­nages mais un objet, point de fix­a­tion autour duquel les per­son­nages gravi­tent.

La promis­cuité de cet apparte­ment donne alors lieu au réc­it de petites anec­dotes entre les per­son­nages, qui offrent de char­mantes bouf­fées d’air dans la nar­ra­tion, et don­nent l’oc­ca­sion de sor­tir de cet espace clos. Das merk­würdi­ge Kätzchen est donc un film bien rôdé, une jolie petite mécanique qui pour­rait vir­er à l’ex­er­ci­ce de style un peu vain, s’il n’avait pas la grande sagesse d’ac­cueil­lir en son sein toute une rib­am­belle d’an­i­maux, qui provo­quent d’heureux acci­dents et empêchent le tout de se figer dans une pos­ture rigide. Et chemin faisant, Das merk­würdi­ge Kätzchen, sans faire appel à un réc­it sig­nifi­ant, dresse le por­trait d’une famille de la classe moyenne alle­mande, orches­trant avec brio leur cir­cu­la­tion en une choré­gra­phie du quo­ti­di­en qui se teinte d’une cer­taine désil­lu­sion du présent. Le jeu très nuancé et min­i­mal­iste des acteurs per­met de pro­jeter en eux des sen­ti­ments divers et vari­ables, au gré des humeurs de cha­cun, et laisse augur­er d’un cer­tain malaise de classe qui sem­ble étouf­fé par la force du quo­ti­di­en, et sur­git grâce à d’in­fimes vari­a­tions. C’est alors que le réc­it d’une journée comme une autre se charge d’une cer­taine mélan­col­ie face à ce temps qui nous échappe, et que le film recueille avec une atten­tion et une douceur qui ren­dent impor­tant chaque petit moment.