Bien établi dans l’univers de la pro­duc­tion télévi­suelle avec les séries ani­mées Les Grif­fin et Amer­i­can Dad, Seth Mac­Far­lane a réus­si à impos­er, face aux Simp­sons et autres South Park, un humour bien par­ti­c­uli­er. Sou­vent digres­sives, ses pro­duc­tions se car­ac­térisent par des per­son­nages fan­tasques, chien qui par­le et bébé psy­chopathe dans Les Grif­fin, alien pro­lixe dans Amer­i­can Dad. Avec Ted, Mac­Far­lane donne une forme de long-métrage à son délire en con­férant la vie à un ours irrévéren­cieux, mais peine désor­mais à dis­tinguer son écri­t­ure du reste de la comédie améri­caine con­tem­po­raine.

Ren­dre un our­son en peluche sub­ver­sif, fumeur de joints et accro au sexe, voilà un exer­ci­ce qui n’a prob­a­ble­ment pas rebuté Seth Mac­Far­lane. Aidé par une mod­éli­sa­tion très con­va­in­cante, le mignon Ted accède à une panoplie d’expressions, de gestes et d’émotions. Aus­si bon, dans un genre dif­férent, que les jou­ets de Toy Sto­ry, d’une sur­prenante vital­ité, l’ourson s’octroie devant tous les meilleures scènes, qu’il s’agisse d’humour de sit­u­a­tion ou de sail­lies, sou­vent lubriques, très bien envoyées par la voix du créa­teur lui-même[1]. Face à ce com­père inhab­ituel, John Ben­nett (Mark Wahlberg), meilleur ami depuis l’enfance, et Lori (Mila Kunis), petite amie du précé­dent, cherchent à men­er une vie pra­tique­ment rangée. Mais le mir­a­cle du Noël des 7 ans de John Ben­nett, désor­mais plus proche de la bouche des bangs que de l’œil des caméras, n’en est un que pour l’enfant devenu adulte ou presque, retenu par ce Rose­bud doué de la parole. Si l’ours s’est par­faite­ment inté­gré au réel (il con­duit et séduit sur les cha­peaux de roues), son com­père reste los­er par iner­tie.

Le com­bat qui tra­verse Ted est celui, bien con­nu, du décalage entre le con­formisme et la mar­gin­al­ité : si Lori est incon­testable­ment l’avocate de la pre­mière par­tie en bril­lante jeune fille cour­tisée par son patron, les deux amis dis­posent d’un peu plus de nuances, et défend­ent tour à tour les deux options. Mal­gré tout, excep­tion faite de quelques sail­lies (le décompte des « prénoms de traînées » en une res­pi­ra­tion par Mark Wahlberg), les acteurs en chair et en os s’effacent bien sou­vent der­rière celui en mousse et en tis­su.

En toute logique, l’humour fière­ment régres­sif con­vient par­faite­ment à Ted, créa­ture infan­tile et vicieuse, mais la majorité des dia­logues et sit­u­a­tions le dessert : la bro­mance con­stam­ment déniée, l’humour semi-réac­tion­naire des per­son­nages, la célébrité sur le retour (ici, l’illustre inter­prète de Flash Gor­don, autre­fois Cher dans Deux en un), tous les jalons posés par une cer­taine école de la comédie améri­caine sont là. Dans le flot des pro­duc­tions, Seth Mac­Far­lane a choisi son camp : Judd Apa­tow, les frères Far­rel­ly ou à la lim­ite Jay Roach, plutôt qu’Adam San­dler (moqué pour l’absence de crédi­bil­ité de son Jack & Julie). Par­fois légère­ment détournés (le con­cert impro­visé par le los­er tourne en humil­i­a­tion plutôt qu’en acte héroïque), ces pas­sages oblig­és revi­en­nent trop sou­vent sans vari­ante, tan­dis que les références cul­turelles, inhérentes au genre, lim­i­tent l’impact comique des dia­logues par leur récur­rence. Dans ces moments, l’imagination débor­dante de Mac­Far­lane se can­tonne au dia­logue soli­taire de l’enfant avec son éter­nel con­fi­dent.

Notes

Notes
↑1 Le film a été vu en ver­sion orig­i­nale, la ver­sion française étant assurée par JoeyStarr.