Qua­tre ans après le pre­mier du nom arrive cette improb­a­ble suite à Tak­en, film d’action lim­ité mais hon­nête avec le spec­ta­teur dans son con­trat de défouloir. La bande-annonce de Tak­en 2 lais­sait sup­pos­er une suite poten­tielle­ment plus intéres­sante qu’une sim­ple pro­lon­ga­tion com­mer­ciale, avec cette fois la jeune fille en négo­ci­a­teur mus­clé : mal­heureuse­ment, la course tourne court.

Le suc­cès que ren­con­tra le pre­mier Tak­en per­mit au moins à Liam Nee­son de don­ner à sa fil­mo­gra­phie un tour plus rude, pas si mal cul­tivé en début d’année avec Le Ter­ri­toire des loups de Joe Car­na­han. Pro­duc­tion Europa­Corp, le Tak­en (« Kid­nap­pé » en français) de Pierre Morel ne bril­lait pas par son scé­nario, et entrete­nait avec peine un petit feu de joie à par­tir des cas­cades d’un quadragé­naire semi-retraité au sec­ours de sa fille. Abor­dé avec la logique de la série fran­chisée, Tak­en 2 récupère le pos­tu­lat de son prédécesseur : si les Albanais vengeurs met­tent la tête du papa à prix, Nee­son retrou­ve vite son statut orig­i­nal de chas­seur. Comme dans le pre­mier volet, les cours­es pour­suites et autres bas­ton­nades con­sis­tent surtout en une démon­stra­tion de sa puis­sance, véri­ta­ble bull­doz­er dis­simulé sous des atours de jeune divor­cé. Le scé­nario tente d’ailleurs d’exploiter ce filon, mais l’aspect con­venu des sit­u­a­tions et des dia­logues (en champ/contrechamp per­ma­nent) donne l’impression qu’il s’agit surtout de meubler la pre­mière demi-heure du film.

« Move ! » (« Bouge ! ») reste l’interjection que l’on entend le plus dans la ver­sion orig­i­nale de Tak­en 2 : Olivi­er Mega­ton mise tout sur le rythme sans s’arrêter sur l’originalité de la mélodie. Ne dis­per­sant plus le même effet de sur­prise que le précé­dent volet, Tak­en 2 se résume trop sou­vent à ce qu’il est : un détour touris­tique et exo­tique, en qua­trième vitesse, à Istan­bul. Mal­gré des ruelles et des échoppes tail­lées pour la course-pour­suite, elle parvient à peine à retenir l’attention sur ces indi­vidus qui se courent les uns après les autres, et ces mis­es à mort qui n’ont même pas l’audace d’être cru­elles (excep­tion faite de l’égorgement min­uté de son épouse, assez rude). La majeure par­tie du temps, les Albanais s’entassent, indif­féren­ciés de leur chef vengeur et borné, pas plus capa­bles de retenir l’attention que la famille améri­caine recom­posée[1].

Avec ce père pra­tique­ment invin­ci­ble, dif­fi­cile de s’imposer comme jeune fille indépen­dante : Mag­gie Grace gagne quelques lignes de dia­logue, mais son champ d’action reste sus­pendu aux ordres de son pater­nel. Pen­du au smart­phone, ce qui nous ras­sure bril­lam­ment sur la solid­ité de ces petits appareils, le père Com­man­do con­trôle et domine tout. Même l’idée la plus sur­prenante du film, repér­er la posi­tion du QG enne­mi au son de grenades lancées sur les toits de la ville, est souf­flée à la jeune fille par son père. L’adolescente restera finale­ment cir­con­scrite à des ter­rains con­nus, flirt et pas­sage de per­mis. Véri­ta­ble dis­posi­tif de guidage, le scé­nario de Tak­en 2 lui a per­mis d’atteindre sa des­ti­na­tion : 117 mil­lions de dol­lars de recettes après qua­tre jours d’exploitation, et l’occasion pour Europa­Corp de revendi­quer « le plus gros suc­cès pour un film français sur les écrans du monde entier, rival­isant avec les plus gross­es fran­chis­es pro­duites par les stu­dios hol­ly­woo­d­i­ens »[2].

Notes

Notes
↑1 Remar­quons à cet égard que le spec­ta­teur aura ten­dance à désign­er le per­son­nage prin­ci­pal comme « Liam Nee­son », et jamais par son prénom dans le film.
↑2 Extrait d’un com­mu­niqué de presse d’EuropaCorp.