Woody Allen est drôle. Woody Allen est un excel­lent directeur d’ac­teurs. Woody Allen est un auteur pro­lifique. Woody a aimé Diane, puis Mia. Woody a con­nu des suc­cès et des échecs. Woody est resté un homme sim­ple, mal­gré la gloire, les scan­dales et les acco­lades. Voilà ce que nous dit, en sub­stance, ce très long doc­u­men­taire réal­isé par Robert B. Wei­de, qui aurait plus sa place en extra d’une inté­grale en DVD que dans les salles. Truf­fé d’im­ages d’archives, d’ex­traits de films et de nom­breux témoignages de son entourage, de ses comé­di­ens et de Woody lui-même, le film manque cru­elle­ment de point de vue. Adoubé par la star, qui se prête de bonne grâce au jeu des con­fi­dences et des petites révéla­tions sur ses habi­tudes de tra­vail, ce doc­u­men­taire ressem­ble plus à une biogra­phie très offi­cielle et très autorisée qu’à un tra­vail de jour­nal­iste, et encore moins de cinéaste.

All About Woody

Bien sûr, le plaisir de se rep­longer dans la car­rière de l’un des réal­isa­teurs les plus pro­lifiques de l’His­toire du ciné­ma est indé­ni­able, et les plus ardents de ses admi­ra­teurs (dont fait par­tie l’au­teur de ces lignes) y trou­veront très cer­taine­ment leur compte. Dif­fi­cile de boud­er son plaisir devant les inter­ven­tions télévisées sou­vent sur­réal­istes qui firent dans les années 1960 et 1970 la renom­mée de ce comique pas comme les autres (son com­bat avec un kan­gourou vaut à lui seul le détour), ou même de ne pas trou­ver quelque-chose d’in­téres­sant à glan­er dans les nom­breuses anec­dotes qui accom­pa­g­nent le déroulé chronologique de sa fil­mo­gra­phie, de ses pre­miers pas de scé­nar­iste sur What’s New, Pussy­cat ? au suc­cès phénomé­nal de Annie Hall et Man­hat­tan, du bide cinglant de Star­dust Mem­o­ries (chef d’œu­vre très incom­pris à sa sor­tie) au tour­nage chao­tique et douloureux de Maris et Femmes. Hélas, net­te­ment plus intéressé par les suc­cès que les échecs, le film fait l’im­passe totale sur le trou noir créatif de la péri­ode 1999–2005 (de Celebri­ty à Melin­da et Melin­da) et, plus grave, n’abor­de que très super­fi­cielle­ment les ques­tions esthé­tiques de son œuvre, se con­tentant de com­menter avec une autosat­is­fac­tion béate les récom­pens­es et les recettes au box-office.

Le défilé de vedettes ent­hou­si­astes qui, sage­ment assis­es sur des canapés et éclairées comme pour un prime-time, chantent les louanges du Maître (de Diane Keaton à Pene­lope Cruz en pas­sant par Dianne Wiest, Scar­lett Johans­son ou encore Sean Penn et Mar­tin Lan­dau) donne la désagréable impres­sion d’as­sis­ter à une orai­son funèbre typ­ique­ment hol­ly­wo­di­enne, cha­cun y allant de son qual­i­fi­catif pour expli­quer com­bi­en Woody “is so great”. Qu’en pense Allen lui-même ? Dif­fi­cile à dire tant le réal­isa­teur, pour­tant habituelle­ment avare en con­fi­dences sur son tra­vail, ressem­ble ici à une sorte d’hurlu­ber­lu un peu gâteux, tout con­tent de mon­tr­er à la caméra sa vieille machine à écrire et ses notes grif­fon­nées sur du papi­er jaune. On ressort du film un peu son­né par cet embaume­ment en bonne et due forme. Pour en savoir plus sur l’artiste au tra­vail, mieux vau­dra se rep­longer dans les deux pas­sion­nants livres d’en­tre­tiens qui lui sont con­sacrés, menés par Stig Björk­man et Eric Lax…