Don­ner du sexe une image autre que celle véhiculée par l’industrie pornographique : l’intention est louable. Elle est aus­si homogène au sein d’une fil­mo­gra­phie qui ne cesse de tourn­er autour de corps dénudés en inter­ac­tion. Mais une fois de plus chez Barr et Arnold, l’enrobage est défectueux.

Cela com­mence comme une comédie famil­iale vague­ment mutine : Romain, un ado­les­cent obsédé par la perte de sa vir­ginité, se fait sur­pren­dre en train de se mas­turber en plein cours. Cet événe­ment est le point de départ, pour sa mère, d’une petite enquête sur la sex­u­al­ité des dif­férents mem­bres de sa famille (un mari, un beau-père, deux fils et une fille). Dans la forme, on se situe quelque part entre l’amateurisme et le for­matage télévi­suel. On pour­rait met­tre la médi­ocrité de la pho­togra­phie, des décors et du jeu d’acteur sur le dos des restric­tions budgé­taires et de la rapid­ité de tour­nage que l’on devine ; reste que dia­logues, cadre et mon­tage ne relèvent pas le niveau. Le début de ces Chroniques tran­spire le manque d’inspiration. Heureuse­ment, les scènes de sexe pren­nent bien­tôt le dessus et la laborieuse comédie trou­ve sa juste posi­tion de pré­texte. “Heureuse­ment” car dans ces scènes, cha­cun – devant comme der­rière la caméra – sem­ble enfin don­ner le meilleur de lui-même et la qual­ité du film s’en trou­ve sig­ni­fica­tive­ment relevée.

Dans ces moments seuls, Chroniques sex­uelles d’une famille d’aujourd’hui apporte quelque chose de sin­guli­er. Le manque de polis­sage, de ver­nis qui rend pénible la vision des scènes dia­loguées (mal­gré une cer­taine effi­cac­ité comique de la part du jeune Math­ias Mel­loul) pro­duit un effet mélio­ratif sur les scènes de sexe. On s’y éloigne non seule­ment de l’esthétique de la pornogra­phie, mais aus­si de celle du ciné­ma tra­di­tion­nel : la représen­ta­tion des corps et de l’action sex­uelle est ici plus crue, moins “glam­our”, sans pour autant vers­er dans le sor­dide. L’érotisme qui peut se dégager de cer­tains pas­sages est lié à cette forme de réal­isme – des corps, à la beauté ordi­naire, des atti­tudes au sein de rap­ports non-simulés – plutôt qu’à de sim­ples rus­es visuelles. En découle un sen­ti­ment d’in­tim­ité avec les per­son­nages qui per­met – enfin – l’é­mo­tion. Là, le film force le respect : ce que ces scènes captent est man­i­feste­ment trib­u­taire d’une rela­tion aux acteurs et d’une qual­ité respectueuse du regard qui ne sont pas don­nées à n’importe quel cinéaste.

On est heureux que ces images non-con­ven­tion­nelles exis­tent. Leur vérisme et leur sérénité les ren­dent récon­for­t­antes. Reste qu’on ne sait pas vrai­ment qu’en faire. Pour don­ner sa pleine portée à leur inten­tion, Barr et Arnold auraient peut-être dû faire preuve d’un peu plus d’ambition. Une écri­t­ure plus soignée aurait peut-être per­mis à cet acte de mil­i­tan­tisme hédon­iste de touch­er un peu plus pro­fond. Le film aurait aus­si pu s’épanouir en tant que “film pornographique alter­natif”, mais il aurait alors fal­lu aban­don­ner enfin les pré­textes – et réin­tro­duire les sex­es.