Il y a dans ce Mar­supil­a­mi un peu du souf­fle d’Astérix et Obélix : Mis­sion Cléopâtre qui renaît[1]. D’abord, bien sûr, parce que le duo d’acteurs sur qui tient l’humour du film est le même[2], mais aus­si parce que la recette, maintes fois piteuse­ment imitée entre-temps, est aus­si la même, et parce qu’elle retrou­ve une cer­taine réus­site. Il faut, certes, débar­rass­er le film de toute la quin­cail­lerie habituelle du block­buster d’humour français. Le genre con­voque une cousi­nade de films que l’on préfér­erait oubli­er (quand on a eu la mau­vaise idée de s’y déplac­er), et qui vaudraient bien de se pass­er de la référence. Mais Sur la piste du Mar­supil­a­mi est aus­si un spec­ta­cle famil­ial de qual­ité française, et bour­ratif il sera. Inutile de se deman­der si c’est l’option délibéré­ment prise par Cha­bat où s’il n’a d’autre choix que de se pli­er aux cas­es du ciné­ma hexag­o­nal à gros bud­get : la loi est dure, mais c’est la loi.

De quin­cail­lerie, il est donc grande­ment ques­tion. Il faut déballer les décors, les effets spé­ci­aux, bâtir un parc à thèmes à la va-vite et rem­baller. Le Mar­supil­a­mi a un côté rem­plis­sage : dans sa façon non seule­ment de déploy­er la banal­ité kitsch de son univers visuel, mais aus­si de fouler bête­ment le par­cours san­té du genre : quelques invités « de mar­que » (et plutôt en fin de course), une ou deux chan­sons, des jolies filles, des gros gars mus­clés au cœur tout doux… On a déjà vu tout ça, mais il faut pass­er par là.

Pourquoi donc est-ce quand même drôle ?

Parce que toute cette galax­ie de bibelots gravite quand même autour d’Alain Cha­bat – à Nul autre pareil. Tant il est vrai qu’il a sou­vent pu pass­er très près du ratage, il ne s’est jamais vrai­ment plan­té quand même (ce qui n’exclut pas d’avoir pris part à des plan­tages, mais d’y avoir quand même eu le beau rôle). Ici, au milieu de l’océan, il réveille les scènes vues mille fois avec la phrase qu’il leur faut, et son ton dés­abusé n’a pas pris une ride. Jamel, quant à lui, retrou­ve une fraîcheur qu’on croy­ait défini­tive­ment tarie chez lui. Entre les deux comiques passent les meilleures scènes du film, loin des invités de la télé, de la grosse pro­duc­tion : une finesse de jeu toute bête, et qui fonc­tionne très bien. C’est un petit voy­age dans le temps inespéré : un réal­isa­teur plus trop acteur ces dernières années, un comique en roue libre qui ne nous fai­sait plus rire depuis longtemps, et voilà que tous deux, réu­nis, resor­tent d’eux leurs meilleurs ingré­di­ents comiques, et font tenir tout un film sur leurs épaules.

Bien sûr, l’autoréférence plane : elle est de bonne guerre. C’est le retour de Cha­bat dans un sous-genre de la comédie qui a été presque ini­tié par lui et qui n’a pra­tique­ment rien fait de bon en son absence. Sur la piste du Mar­supil­a­mi fleure donc le déjà-vu, et s’autorise même quelques pures cita­tions. On les excuse vite, parce qu’au delà d’un sim­ple air de famille, on retrou­ve aus­si un plaisir enfan­tin qui se fait rare : à la sor­tie de la salle, se rap­pel­er des meilleurs dia­logues du film, et ne pas tout de suite les écouler.

Notes

Notes
↑1 Quant à la longévité de la for­mule, Cha­bat allège sage­ment son scé­nario de toutes les références à des pub­lic­ités dont plus per­son­ne ne se sou­vient.
↑2 Si l’on admet que Chris­t­ian Clavier et Gérard Depar­dieu n’étaient pas pour beau­coup dans la grande foire à l’humour Canal+ où ils s’étaient fait poli­ment inviter.