Un sujet dra­ma­tique à l’actualité tou­jours crois­sante – le can­cer – traité de façon « décalée » et légère : les pro­duc­teurs de 50/50 ont sans doute vu en cela une com­bi­nai­son gag­nante, apte à rafler quelques prix en fes­ti­vals ain­si qu’un hon­nête paquet de dol­lars. Finale­ment, une telle approche ne manque pas de se retourn­er con­tre le film, qui sem­ble con­fon­dre légèreté et super­fi­cial­ité, prosaïsme et vul­gar­ité.

Si la maîtrise du con­tre­point est à l’origine de maintes grandes œuvres, un emploi mal­adroit de cette tech­nique est récipro­que­ment une voie royale vers l’échec. La preuve par 50/50. Le film nous présente Adam, un homme de vingt-sept ans qui apprend qu’il est atteint d’une tumeur menaçant sa survie. L’originalité – à l’échelle d’Hollywood – con­siste à ne pas en rajouter dans le drame, pour se con­cen­tr­er sur les amu­santes péripéties de son quo­ti­di­en. A pri­ori, tant mieux, sauf que 50/50 est de ces films fainéants qui déga­gent la croy­ance qu’une idée suf­fit à faire un film – peu importe que son développe­ment soit sot et con­venu. Will Reis­er a sans doute suivi d’un peu trop près son manuel pour scé­nar­istes et livre un réc­it qui ressem­ble au devoir sco­laire d’un élève médiocre, tant il se résume à une suite de pas­sages oblig­és grossière­ment artic­ulés. Chaque rebondisse­ment est si claire­ment intro­duit que le réc­it ne sur­prend jamais. La façon dont le per­son­nage d’Adam est traité est symp­to­ma­tique de ces tra­vers : bien qu’il soit bien dess­iné et que son incar­na­tion par Joseph Gor­don-Levitt révèle joli­ment la façon dont la mal­adie altère son rap­port au monde, le scé­nar­iste sem­ble plus préoc­cupé par la con­for­ma­tion aux normes de l’écriture qu’à l’étude du per­son­nage. Il est d’autant plus triste de faire un tel con­stat lorsque l’on sait qu’il s’agit d’un scé­nario auto­bi­ographique.

Sur une base donc frag­ile, la mise en scène de Jonathan Levine vient encore enfon­cer le film par son incon­sis­tance. À chaque scène, le réal­isa­teur sem­ble plac­er sa caméra un peu au hasard, selon ce qui sem­ble le plus pra­tique, ou comme pour copi­er un plan qu’il a déjà vu ailleurs. En résulte de façon glob­ale une bande-image qui alour­dit le scé­nario plutôt que de le ren­dre vivant et ne brille que par ses man­ques – de cohérence, de rythme, d’inventivité…

La charge de ren­dre le film comique repose en grande par­tie sur le per­son­nage du « meilleur ami » incar­né par Seth Rogen, et plus par­ti­c­ulière­ment sur sa vul­gar­ité. 50/50 s’appuie exces­sive­ment sur l’effet de sur­prise pro­duit par la cru­dité des pro­pos qu’il profère. Quelques répliques font mouche, mais rapi­de­ment, c’est surtout la faib­lesse de l’écriture qui inter­pelle. La présence récur­rente de la mar­i­jua­na, util­isée de façon sup­posé­ment médic­i­nale par les malades, est prob­a­ble­ment égale­ment con­sid­érée par ses créa­teurs comme l’autre grand « ressort comique » du film. Autant dire que tout cela ne vole vrai­ment pas très haut. Le décalage entre sujet et traite­ment, qui était cen­sé être la bonne idée du film, finit par se présen­ter plutôt comme une manœu­vre oppor­tuniste, exé­cutée sans la con­vic­tion, la vir­tu­osité ou l’acidité qui eussent été néces­saires à sa réus­site.