Teen-movie sen­ti­men­tal à la sauce Sun­dance, Wack­ness creuse encore un peu plus le sil­lon d’une hypocrisie qui ne dure que trop : celle d’un ciné­ma (fausse­ment) indépen­dant qui se com­plaît dans la red­ite et la for­mule. Ânon­nant sa leçon sans relief, le film parvient à être plaisant et léger. Il est même par­fois drôle. Mais, à l’instar du bub­ble-gum Lit­tle Miss Sun­shine et de ses avatars, tout est cade­nassé et sans relief. Le gar­rot est trop ser­ré, trop strict.

C’est l’histoire d’un ado qui sort du lycée. Il vient d’obtenir son diplôme, celui pour lequel on s’habille avec un drôle de cha­peau que l’on finit par envoy­er en l’air avec cri et fureur. Tout irait donc pour le mieux si Luke Shapiro – c’est son nom – n’était pas un par­fait los­er. Il recèle beau­coup de richess­es en son for intérieur mais mal­heureuse­ment, sa sin­gu­lar­ité n’est pas recon­nue à sa juste valeur auprès de ses con­génères lycéens. D’où une grosse déprime qui l’amène directe­ment chez un psy dénom­mé Squires. Il paie ses séances en ven­dant de l’herbe un peu partout dans Man­hat­tan. Car oui, Luke est deal­er : c’est même la cau­tion rebelle et mar­ginale du film. Il se trou­ve que le doc­teur et le jeune ado vont se lier d’amitié et faire les qua­tre cents coups ensem­ble. Le vieux a une belle-fille, vrai­ment très jolie et a pri­ori inac­ces­si­ble. Finale­ment, Luke et Stephanie sor­tiront quand même ensem­ble le temps d’un été : la Belle et la Bête revis­ité en bluette sur la plage. En bref : lycée, drogue, soli­tude, jolie fille, romance improb­a­ble. Nous sommes en ter­rain con­nu. Voire con­quis par l’ennui.

La grande idée du film est de recon­stituer une époque, celle du milieu des années 1990 dans une ville qui a apparem­ment beau­coup changé, New York. Jonathan Levine est fan de hip-hop. Ain­si, il saupoudre son film de morceaux de Noto­ri­ous B.I.G. ou de Nas afin de coller à l’ambiance du moment, mar­qué par l’avènement du genre. Pas déplaisant. Ce qui l’est plus est la manie ten­dant à gadgé­tis­er absol­u­ment toutes les sit­u­a­tions : pas un plan sans un item chargé de con­tex­tu­alis­er le film. Tant de références super­fé­ta­toires (la NES, le pager, un disque sur une étagère, Giu­liani à la télé, etc.) finis­sent par don­ner un goût de car­ton-pâte à l’univers fab­riqué. Quand il suf­fit d’esquisser sim­ple­ment et sans lour­deur, Levine appuie inlass­able­ment la même ren­gaine arti­fi­cielle. Le scé­nario suit la même trame pénible ; aucun soubre­saut dra­ma­tique éculé ne résiste à la ten­ta­tion de fan­faron­ner grasse­ment à l’écran. Le cli­max comique réside dans l’incapacité de Luke à refrén­er son coït pré­coce : drôle­ment culot­té et inat­ten­du.

Il serait injuste de ne bross­er du film que ce por­trait médiocre. Par­fois, le trait est juste et plutôt bien sen­ti. Sir Ben Kings­ley, qui incar­ne le psy imma­ture et bour­ré d’anti-dépresseurs, est réjouis­sant. Il endosse son rôle avec une par­faite décon­trac­tion, tout en arrivant à col­mater les brèch­es d’un scé­nario usé jusqu’à la corde. Sans chercher trop loin, le spec­ta­cle est plaisant. La pho­togra­phie est plutôt per­ti­nente ; les apparte­ments dans lesquels gravi­tent les per­son­nages sont nim­bés d’une légère brume floue et som­bre qui accentue le car­ac­tère con­finé des per­son­nages. Un joli tra­vail de chef opéra­teur, sans nul doute. La ques­tion est de savoir si cette réus­site suf­fit à faire de Wack­ness un objet estimable. L’estocade finale du film répond douloureuse­ment à cette inter­ro­ga­tion et nous cloue sur place. Elle résonne comme un com­plé­ment aux pro­pos du réal­isa­teur : « Si le film s’efforce de dire une chose, c’est que nous sommes tous ensem­ble dans le même bateau. » Quel effort, quelle clair­voy­ance. Non, décidé­ment, Wack­ness porte un cos­tume beau­coup trop grand pour ses frêles épaules, sa rel­a­tive beauté plas­tique n’efface pas la vacuité et l’inutilité du pro­pos. Un coup pour rien.