« Honk » sig­ni­fie klax­on­ner, c’est l’acte auquel s’adonnent les adver­saires de la peine cap­i­tale pour sig­ni­fi­er leur refus. Honk ou com­ment les ten­ants d’un film ne rejoignent pas ses aboutis­sants.

Honk con­stitue une exten­sion filmique du tra­vail soci­ologique mené par Arnaud Gail­lard (ici co-réal­isa­teur) con­signé dans l’ouvrage 999[1], enquête menée à tra­vers une nation où 34 États appliquent encore la peine de mort. Au pays de la ban­nière étoilée, il est vrai que ça fait vrai­ment tâche, on est bien d’accord. Comme l’ouvrage, le présent film se dresse comme un réquisi­toire résol­u­ment con­tre – ce qui con­stitue aus­si la posi­tion de la rédac­tion de Critikat où, pré­cisons-le, ne fig­ure pas Michel Sar­dou qui, lui, est pour.

L’impression d’une apor­ie pro­fonde pèse sur Honk, notam­ment par la façon dont il tient de la vis­ite guidée d’une Amérique ayant adop­té un culte de la vio­lence, de sa mise en spec­ta­cle (et en busi­ness), pays de la lib­erté où l’on pra­tique donc cet œil pour œil, mais où des indi­vidus s’élèvent con­tre cette mon­stru­osité. Le fil du réc­it s’organise en une galerie de per­son­nages suc­ces­sifs : les Kirk – du même avis que Michel Sar­dou – s’en vont assis­ter à la mise à mort du meur­tri­er du mari, père et grand-père ; Cur­tis, 22 ans dans les couloirs de la mort, finale­ment inno­cen­té, for­cé­ment mar­qué ; Gol­da, dont le fils se trou­ve en attente de l’exécution de la peine cap­i­tale à laque­lle il a été con­damné. Sans oubli­er Huntsville, cité où 15 000 des 35 000 habi­tants sont des détenus et où sont pra­tiquées les exé­cu­tions pour tout l’État du Texas. On ne man­quera pas non plus le petit cro­chet du côté d’un grand raout religieux et patri­o­tique, celui qui fait frémir par les hor­reurs que l’on y entend et qui fait dire : « rhôôôô, ces Améri­cains, ils sont tout de même com­plète­ment tarés ! » On a aus­si droit à des syl­lo­gismes vrai­ment très intéres­sants de la part d’un mil­i­tant abo­li­tion­niste, du genre : Hitler a pra­tiqué, sur les con­seils du doc­teur Brandt, l’injection létale pour tuer des mil­liers d’enfants défi­cients men­taux, les États-Unis pra­tiquent l’injection létale, donc… Autant dire qu’au bout du chemin, on est bien avancé et on a beau­coup appris.

Honk s’attache à la prise en charge de la parole en faisant ciné­ma – refu­sant ain­si une représen­ta­tion par l’image de la peine de mort –, c’est-à-dire des plans s’éloignant de la forme reportage. Il est vrai que le verbe fait par­fois sur­gir des images très fortes et évo­ca­tri­ces, mais on note sur ce point une forme de volon­tarisme qui aboutit sou­vent à des sit­u­a­tions démon­stra­tives et à des cadrages sur­sig­nifi­ants, où les pro­tag­o­nistes jouent scrupuleuse­ment la par­ti­tion pour laque­lle on a bien voulu s’intéresser à eux. Ceci finit de boucler la boucle de ce film enfer­mé sur lui-même, mangé de l’intérieur par son sujet inat­taquable.

Notes

Notes
↑1 Édi­tion Max Milo, paru le 6 octo­bre 2011.