Présen­té comme le pre­mier film tourné au Nicaragua depuis vingt ans, La Yuma a effec­tive­ment de quoi intriguer, tant les nou­velles venues de ce petit pays d’Amérique Cen­trale sont rares. Mal­heureuse­ment, ce Mil­lion Dol­lar Baby local manque con­sid­érable­ment d’am­pleur en restant pris­on­nier d’un scé­nario trop (mal) écrit.

Yuma a vingt ans à peine et est issue d’un quarti­er pau­vre d’une ville du Nicaragua. Petite sœur d’Hi­lary Swank dans Mil­lion Dol­lar Baby ou encore de Michelle Rodriguez dans Girl­fight, elle pra­tique très régulière­ment la boxe dans l’ob­jec­tif de pénétr­er le cer­cle très fer­mé des pro­fes­sion­nels. Évolu­ant dans un monde stricte­ment mas­culin où tous les coups sont per­mis, la jeune femme essaie égale­ment de se défaire d’un groupe d’amis vivant de rack­et et de trafics en tout genre, mais aus­si d’une famille où la mère ferme plus ou moins volon­taire­ment les yeux devant les agisse­ments d’un nou­veau com­pagnon libidineux. Sa vie sem­ble bas­culer le jour où elle ren­con­tre Ernesto, étu­di­ant en jour­nal­isme, puis en tombe amoureuse. Mais celui-ci ne fait pas par­tie du même monde qu’elle.

Film événe­ment au Nicaragua où aucun long-métrage n’avait été tourné depuis vingt ans, La Yuma mar­que l’op­por­tu­nité de pren­dre des nou­velles d’un petit pays dont on con­naît finale­ment assez mal la cul­ture et le niveau de développe­ment économique, écrasé par le ray­on­nement de son grand frère mex­i­cain. Sans grande sur­prise, on décou­vre dans le film un envi­ron­nement désœu­vré où les per­son­nages vivent de petites com­bines pour ten­ter de sur­nag­er dans un pays où la vio­lence économique s’a­bat sur les plus dému­nis. En ce sens, la jeune Yuma incar­ne en quelques sortes une cer­taine forme de rébel­lion, trou­vant dans la pra­tique de la boxe un moyen d’ex­téri­oris­er sa colère con­tre toutes les formes d’in­jus­tice qu’elle éprou­ve au quo­ti­di­en.

Si un tel filon scé­nar­is­tique a déjà été exploité dans les films cités plus haut, on aurait pu néan­moins espér­er que le pre­mier long-métrage de fic­tion de Flo­rence Jaugey (pro­duit en grande par­tie avec des cap­i­taux français) se détache de ses mod­èles pour emmen­er son pro­jet sur des ter­rains où la mod­estie des moyens n’in­duirait pas néces­saire­ment un résul­tat étriqué. Mal­heureuse­ment, il sem­blerait que la réal­isatrice ait trop peu con­fi­ance en sa capac­ité à capter l’essence d’un petit pays bouil­lon­nant et, qu’au lieu d’as­sumer un par­ti-pris doc­u­men­taire qui lais­serait place à l’im­prévu, elle préfère se repos­er sur un scé­nario très écrit pour ten­ter d’imiter (bien mal­adroite­ment) le réel. Au résul­tat, le quarti­er désœu­vré dans lequel vit Yuma a toute l’ar­ti­fi­cial­ité des films world faits avant tout pour les spec­ta­teurs occi­den­taux. Mais là où l’échec du film est encore plus évi­dent, c’est dans son inca­pac­ité à faire exis­ter des per­son­nages. Séparés en deux groupes très dis­tincts (en somme, les gen­tils et les méchants), ils n’ex­is­tent sou­vent qu’à titre de fig­ures, comme si la réal­isatrice avait en plus un souci d’ex­haus­tiv­ité dans sa représen­ta­tion de la société nicaraguayenne. On y trou­ve donc pèle-mêle une com­merçante bour­geoise, un trav­es­ti qui se pros­titue (mais les man­i­fes­ta­tions d’ho­mo­pho­bie res­teront rares), un entraîneur de boxe strip-teas­er, etc.

Au milieu de cette galerie de per­son­nages dont la présence ne fait jamais sens, celui de Yuma sur­nage. Essen­tielle­ment défi­ni par son rejet mas­sif de tout ce qui l’en­toure (sa bande de copains, sa famille, son tra­vail), il ne parvient que par de trop rares inter­mit­tences à don­ner un véri­ta­ble corps au film, un comble lorsqu’on sait le sujet de celui-ci. Ce n’est cer­taine­ment pas la faute de l’ac­trice prin­ci­pale, Alma Blan­co, à la fois appliquée et instinc­tive, mais celle d’une réal­isatrice qui n’a jamais su à quelle dis­tance se plac­er. Le résul­tat n’en est que plus désolant qu’on aurait aimé très sincère­ment soutenir ces retrou­vailles entre le Nicaragua et le sep­tième art.