Le suc­cès incom­préhen­si­ble de Para­nor­mal Activ­i­ty a rap­pelé aux pro­duc­teurs hol­ly­woo­d­i­ens en mal d’idées neuves qu’il y a une vie et des dol­lars après les vam­pires, les loups-garous et autres zom­bies qui trustent les films, séries télé et romans de gare jusqu’à l’over­dose. Fatigué par l’om­niprésence dans les médias des acteurs de Twi­light ou True Blood, le pub­lic améri­cain friand de séries Z s’est rabat­tu l’an dernier sur ce film atro­ce­ment cheap, croise­ment improb­a­ble du Pro­jet Blair Witch, Pol­ter­geist et Big Broth­er, réac­ti­vant illi­co un mythe ciné­matographique increvable : la pos­ses­sion. Dans la même veine, Le Dernier Exor­cisme (32 mil­lions de dol­lars au box office en deux semaines, tout de même) tente dés­espéré­ment de s’in­scrire dans la droite lignée de deux chefs-d’œu­vre du genre : Rose­mary’s Baby et L’Ex­or­ciste, qu’il pille allè­gre­ment sans jamais en saisir la portée sociale ou poli­tique.

L’idée de départ n’est pour­tant pas idiote : deux jour­nal­istes tour­nent un reportage façon «~Con­fes­sions intimes~» sur un pas­teur évangéliste, Cot­ton Mar­cus, un escroc qui a arnaqué des fidèles en pra­ti­quant de faux exor­cismes. Un peu rongé par la cul­pa­bil­ité, mais pas peu fier de sa rou­blardise et ses tal­ents de comé­di­en, le révérend accepte de mon­tr­er à la caméra com­ment il trompe ses ouailles aveuglées par leur fanatisme. L’équipe se met en route pour un bled paumé au fin fond de la Louisiane, où un fer­mi­er fon­da­men­tal­iste souhaite sauver sa fille ado­les­cente des griffes du démon qui sem­ble avoir pris le con­trôle de son corps et de son esprit… La pre­mière demie-heure du film, sans être révo­lu­tion­naire, est assez déli­cieuse : le pas­teur au physique de play-boy télévisé de sec­onde zone explique à la caméra com­ment la cré­dulité de ses fidèles lui a per­mis de se faire une petite for­tune tout en assou­vis­sant son goût pour le spec­ta­cle, la comédie et les tours de magie. Les pau­vres gens, explique-t-il, sont prêts à gob­er n’im­porte quoi, pourvu qu’on leur serve sur un plateau ce qu’ils atten­dent : il en va ain­si des ser­mons comme des exor­cismes fraud­uleux. La démon­stra­tion, hila­rante, des tours de passe-passe util­isés pour aveu­gler le “client” (fil de pêche pour faire bouger les meubles, fumigènes dans le cru­ci­fix, mag­né­to­phones avec hurlements pré-enreg­istrés) lais­sent presque espér­er une relec­ture post-mod­erne à la Scream sur un genre ciné­matographique exsangue qui n’a plus grand-chose de neuf à offrir.

Ce début de com­men­taire cri­tique s’ac­com­pa­gne même d’une ten­ta­tive d’analyse soci­ologique et psy­chologique sur les frus­tra­tions sex­uelles d’une com­mu­nauté big­ote, qui mul­ti­plie les bouf­fées déli­rantes pour évac­uer les hor­reurs (inces­te, viol) qu’elle nour­rit en secret. Hélas, les lim­ites formelles du faux doc­u­men­taire et les innom­brables inco­hérences qu’il engen­dre (faux rac­cords, pirou­ettes scé­nar­is­tiques improb­a­bles) réduisent rapi­de­ment ces efforts à néant, et le cahi­er des charges ne tarde pas à repren­dre ses droits. La deux­ième moitié du film s’at­tache donc à détru­ire métic­uleuse­ment les bases posées dans la pre­mière : le révérend et les deux jour­nal­istes ne tarderont pas à déchanter et à pay­er pour leurs péchés… L’at­ti­rail grand-guig­no­lesque, aus­si éculé que ris­i­ble, est lit­térale­ment vomi à la gueule du spec­ta­teur dans un déluge de grand n’im­porte-quoi qui recy­cle sans com­plexe les scènes-choc des films dont Le Dernier Exor­cisme s’in­spire. Le final, hon­teuse­ment calqué sur celui du Pro­jet Blair Witch, pour­rait bien être l’un des plus ridicules que l’on ait vus depuis longtemps. Petit con­seil aux pro­duc­teurs du film : atten­tion les gars, Satan va finir par vrai­ment se met­tre en pétard.