Film de com­mande, Top Cops est cet objet putassier qui, sous cou­vert d’une appar­te­nance au genre bud­dy-movie, pour­suit généreuse­ment la pro­duc­tion et la con­som­ma­tion de films dont l’étrange par­tic­u­lar­ité est de dévoil­er zéro idée à l’heure. Force est d’avouer alors que notre dénom­i­na­tion le rangera dans le tiroir du “film du pau­vre” ou à l’intérieur du label con­sacré et plus com­muné­ment admis : le nanar.

Top Cops tente de s’inscrire dans la droite lignée d’un genre que l’on a inti­t­ulé les “bud­dy-movies”. Ce genre qui a con­nu ses heures glo­rieuses dans les années Rea­gan met en scène une paire de flics aux per­son­nal­ités antag­o­nistes et dont l’originalité est de tra­vailler de manière autonome par rap­port à leur hiérar­chie (sans toute­fois être des mav­er­icks au cœur du sys­tème). Pro­duc­tion qui s’adresse le plus sou­vent à ces messieurs, le bud­dy-movie est un mix entre le film polici­er pour le canevas et la comédie, pour les dia­logues cen­sés naître d’une dou­blette de per­son­nages antithé­tiques (le flic noir et le blanc). Symp­to­ma­tiques de la struc­ture binaire et de la forme bur­inée que le ciné­ma améri­cain a remis­es au goût du jour à l’orée des années 1980, ces films n’ont jamais fait dans la den­telle pour exhiber pec­toraux, dia­logues qui tâchent et sirènes pyrotech­niques pétaradantes comme un bar­il­let déchargé. De films plus ou moins réus­sis comme le sémi­nal et eupho­risant Canardeur de Michael Cimi­no à des éten­dards pure­ment eight­ies comme L’Arme fatale, le bud­dy-movie s’est per­pétré dans les années 1990 avec des block­busters tels le savoureux Une journée en Enfer ou la pitrerie mar­ti­enne Men in Black. Aujourd’hui iden­ti­fié comme mod­èle lucratif sous les palmiers d’Hollywood, le genre a fait des émules un peu partout dans le monde et s’est davan­tage réfugié sous ses dehors comiques pour faire pass­er la pilule aux fans qui suiv­ent le filon, gen­ti­ment vautrés sur leur fau­teuil, sans aucune autre per­spec­tive que celle de se fendre la poire. C’est le cas navrant de l’amateur du genre Kevin Smith qui sem­ble plus spec­ta­teur que réal­isa­teur de son Top Cops nullis­sime et défini­tive­ment décérébré.

Inter­prété par l’icône du genre, Bruce Willis, et le soi-dis­ant comique améri­cain Tra­cy Mor­gan, Top Cops ne rivalise pas d’ingéniosité pour jouer avec les codes et s’inscrire au-delà de la tra­di­tion du genre. Il pour­rait d’ailleurs en sym­bol­is­er l’asphyxie tant il se gave de références sans apporter sa pierre ou ne serait-ce qu’un pau­vre galet à l’édifice. L’histoire ne tient effec­tive­ment pas debout puisqu’elle est gou­vernée d’une pat­te assez grotesque et bouf­fonne. Bruce Willis (Jim­my Mon­roe) et Tra­cy Mor­gan (Paul Hodges) doivent récupér­er une pré­cieuse carte de base­ball qui pour­ra financer le mariage en grande pompe de la fille de Jim­my et redor­er enfin l’image de pater­nel absent de Bruce Willis. Leur enquête les mène alors sur la piste d’un gang de mex­i­canos armés jusqu’aux dents. Man­i­feste­ment ama­teurs puis dépassés par les événe­ments, notre duo de guig­nols vont se ris­quer à des pour­suites à vélo, dérap­er sous l’infortune crasse, se faire remerci­er par leur hiérar­chie et finale­ment arrêter les méchants à la fin de l’aventure. Imbroglios scé­nar­is­tiques, délires potach­es et dia­logues mal inspirés sont les ingré­di­ents et les rouages qui cimentent cette comédie dont on jur­erait qu’elle n’a jamais été pen­sée (à défaut, par exem­ple, du désopi­lant Hot Fuzz).

Tout le film est exé­cuté, torché à la va-vite comme si un pri­mate décou­vrait un appareil enreg­istreur tombé du ciel et que de ses doigts grais­seux et mal­ha­biles il par­ve­nait dif­fi­cile­ment à trou­ver- peu importe d’ailleurs sa posi­tion et celle de ses acteurs- le bou­ton d’enregistrement. Après un générique digne d’un pilote de série télé où les acteurs sont filmés comme des stars avant d’incarner des per­son­nages à l’écran, suit une séquence de tor­ture “comique” où le baveux Tra­cy Mor­gan cui­sine un pris­on­nier en enta­mant un best-of guig­nol d’imitations des stéréo­types du genre. L’interprétation dégouli­nante d’excès, le découpage épilep­tique et la dépense parox­ys­tique qui se jouent à l’intérieur de cette séquence-sketch lais­sent pan­tois et décrédi­bilisent assez dure­ment tout ce qui peut advenir par la suite. Cette épreuve de fatigue inau­gu­rale ne dévoile alors plus qu’une comédie grav­eleuse où l’on assiste, con­sterné, à un naufrage où l’on sup­pose que notre rire suive celui des flics obser­vant cette même scène der­rière le miroir sans tain du com­mis­sari­at, un peu comme s’il devait obéir à ceux enreg­istrés pour les pau­vres séries télévisées des années 1990. La soi-dis­ant portée comique de l’affaire qui se déroule et varie autour de dia­logues ridicules, de rebondisse­ments car­nava­lesques ren­force l’idée qu’on assiste à un film qui fonce droit dans le mur de la débil­ité reine.

Con­nu pour son art du dia­logue qu’il a enfan­té avec cette loin­taine ode à la glande white-trash qu’est Clerks, Kevin Smith sem­ble donc aban­don­ner son film à un pub­lic qui pour­rait ne pas faire trop de cas du laiss­er-aller général de tous ces élé­ments de ce que l’on n’ose plus nom­mer mise en scène (réal­i­sa­tion, mon­tage, direc­tions d’ac­teurs…). Et même si à l’intérieur de tout ce foutoir, on peut enfin trou­ver une ou deux manières de jouer avec les lignes de dia­logue (voire les séquences où le bel échap­pé Seann William Scott répète, devance et enchâsse chaque fin de réplique de ses parte­naires), le con­stat de cette comédie potache reste assez édi­fi­ant pour le taire.

Mais comme on ne tire pas sur une ambu­lance, on ne s’étendra pas sur la reprise musi­cale du “duelling ban­jo” de Délivrance qui devrait agac­er plus d’un ama­teur de l’une des plus puis­santes séquences du ciné­ma améri­cain des années 1970. Car il est clair que Top Cops aurait dû subir la même relé­ga­tion que les films précé­dents de Kevin Smith, en allant droit vers le cat­a­logue DVD sans pass­er par la case ciné­ma. Film déjà vilipendé par la cri­tique améri­caine, bien­tôt piét­iné par quelques for­mules bien sen­ties des plumes de la cri­tique française, Top Cops ne sus­cite aucun sen­ti­ment hormis celui de con­stater qu’il n’est qu’un débal­lage mort-né à l’image du cynisme actuel de la pro­duc­tion hol­ly­woo­d­i­enne. En somme, une espèce de bout de papi­er noir­ci par des garçons mal inspirés qui, du haut de leur cer­cle iden­ti­fié “rois des geeks”, sem­blent per­suadés d’être d’irrésistibles boute-en-train.