Sur­fant sur la vague hor­ri­fique his­panique ([Rec], L’Orphelinat…), de (trop) nom­breux films espag­nols ou sud-améri­cains échouent sur nos écrans ces dernières années. C’est au tour de l’Uruguayen Gus­ta­vo Hernán­dez de ten­ter sa chance avec ce pre­mier long métrage. The Silent House, sélec­tion­né à Gérard­mer et à la Quin­zaine can­noise, rejoue l’angoisse du huis clos dans une mai­son isolée et a pri­ori « occupée » par un tueur. Rien de neuf sous le soleil, si ce n’est un par­ti pris ciné­matographique de taille : réalis­er le film en un plan-séquence unique. Alors esbroufe ou tour de force ?

Wil­son et sa fille Lau­ra ont été engagés pour reta­per une vieille mai­son inhab­itée. Alors qu’ils s’installent pour pass­er la nuit et com­mencer les travaux dès le lende­main, des bruits de pas se font enten­dre à l’étage. Wil­son armé d’une lampe torche décide d’aller jeter un œil… il ne revien­dra pas. Paniquée, Lau­ra décou­vre qu’elle est pris­on­nière de la masure tan­dis que les craque­ments se rap­prochent.

Si le script se révèle rel­a­tive­ment indi­gent, la volon­té d’immersion d’Hernández fonc­tionne, elle, plutôt effi­cace­ment. Tourné grâce à un appareil-pho­to/­caméra (plus mani­able compte tenu des enjeux de mise en scène), The Silent House dis­tille la peur en col­lant aux basques de son per­son­nage prin­ci­pal. Qua­si omniprésente tout au long du métrage, Lau­ra oscille, de façon assez réal­iste, entre frayeur paralysante, ten­ta­tives dés­espérées (et hys­tériques) de fuite et instinct de survie. L’histoire se déroulant à la tombée du jour, on pro­gresse dans la pénom­bre de la mai­son à coup de lam­pes de poche, dis­posi­tif qui per­met un découpage anx­iogène de l’espace. Le fais­ceau lumineux laisse imman­quable­ment une large part du plan dans le noir, nour­ris­sant la peur du per­son­nage mais surtout l’effet d’enfermement du spec­ta­teur dans un cadre préétabli. Piégé comme elle, le pub­lic n’a d’autre choix que de suiv­re son par­cours (physique et psy­chique), de sur­sauter à ses soubre­sauts, de retenir sa res­pi­ra­tion quand l’intrus se rap­proche… Autre idée « lumineuse », qui rap­pelle la caméra à vision noc­turne du Silence des agneaux ou plus récem­ment de [Rec], l’utilisation d’un flash de polaroïd pour décou­vrir le paysage d’une cham­bre enténébrée et réa­gir à cette vision avec quelques mil­lièmes de sec­on­des de décalage. Autant dire que dans un film à sus­pens, ce micro­scopique retard inten­si­fie encore un peu plus la ten­sion du pau­vre spec­ta­teur. Le choix du plan-séquence (même si on peut soupçon­ner quelques coupes de-ci, de-là lorsque le noir se fait dans une pièce) ren­force cette néces­sité d’être réac­t­if à tous les stim­uli audi­tifs et visuels aux­quels la pro­tag­o­niste (et a for­tiori le pub­lic) est soumise.

À l’issue de cette pre­mière par­tie ten­due, un rebondisse­ment inter­vient (l’arrivée du pro­prié­taire de la mai­son) qui « reboote » la nar­ra­tion à son point d’origine. De nou­veau, un per­son­nage tente d’aider Lau­ra, de nou­veau il meurt. Même cause, même con­séquence me direz-vous. Sauf que cette mort va agir comme un révéla­teur pour un twist final qui aban­donne la piste film d’horreur pour som­br­er dans le drame psy­chologique. Il est d’ailleurs con­seil­lé au pub­lic de rester jusqu’à la fin du générique pour avoir l’explication inutile et rationnelle du jeu de mas­sacre auquel on a assisté.

Estampil­lé « tiré d’une his­toire vraie » (une véri­ta­ble épidémie du ciné­ma con­tem­po­rain), The Silent House parvient donc à tenir son engage­ment styl­is­tique (le fameux plan-séquence) mais bifurquant vers un dénoue­ment trop illus­tratif, le film oublie que seuls le hors-champ et le non-dit effraient. Une fois les zones d’ombre éclairées, ne reste qu’une his­toire banale de fille flip­pée dans une grande mai­son vide.