Rares sont désor­mais les films por­tant la sig­na­ture de Luc Besson — ici à la pro­duc­tion — que l’on pour­rait soupçon­ner de la moin­dre ambi­tion artis­tique. Sur­prise, le pre­mier long métrage de Rie Angel‑A Ras­mussen affiche sem­ble au départ affich­er de belles ambi­tions intel­lectuelles et poli­tiques. Au départ, car le pro­pos est rapi­de­ment brouil­lé par la pat­te Besson, ren­dant le film tout à la fois poli­tique­ment sus­pect et artis­tique­ment désagréable. Dom­mage.

Les inter­nautes per­si­fleurs con­nais­sent la par­o­die d’in­ter­view du pro­duc­teur-scé­nar­iste-réal­isa­teur Luc Besson par Mozi­nor, qui définit assez juste­ment la recette du mogul comme une vari­a­tion per­pétuelle sur le thème “c’est un type qui pro­tège une fille et qui castagne des mecs”. Human Zoo déroge-t-il à la règle ? Fon­da­men­tale­ment, on est en plein dans la cible : Adria est une immi­grée illé­gale albano-serbe, rési­dant à Mar­seille, et han­tée par son passé, à savoir sa rela­tion avec l’as­sas­sin crim­inel de guerre recher­ché Srd­jan — qui, il faut bien le dire, tue des types avec un petit air pro­tecteur pour elle. Voilà pour son passé. Aujour­d’hui, Adria fait pro­fil bas dans la cité phocéenne, jusqu’au moment où, vari­a­tion intéres­sante, il va lui fal­loir… flinguer des types, pour pro­téger une amie enlevée.

Dans sa note d’in­ten­tion, la jeune réal­isatrice racon­te : elle a désiré, pour son pre­mier long métrage, réalis­er un film inspiré à la fois de l’ubuesque his­toire de sa sœur adop­tive Linh, men­acée d’ex­pul­sion, en y mêlant les épou­vanta­bles sou­venirs de guerre d’une con­nais­sance croate. Inten­tions extrême­ment hon­or­ables, s’il en est — et qu’il ne soit pas même ques­tion de met­tre en doute la sincérité de Rie Ras­mussen pour expli­quer la débâ­cle de Human Zoo. Europa­Corp et ses con­traintes étouf­fantes sont seules à blâmer. À voir ce que de telles inten­tions, on se prend à jouer aux math­é­ma­tiques ciné­matographiques, et à ten­ter de définir le théorème de Luc B. : prenez n’im­porte quelle idée de scé­nario, rayez tout ce qui pour­rait prêter à la réflex­ion, substituez‑y un dis­cours pop­uliste jeu­niste d’un anar­chisme imma­ture et destruc­teur, mon­tez comme un reportage ultra-racoleur, et rajoutez de la musique poum-tchak-poum-tchak à out­rance. Si cela se révélait vrai, il y a fort à pari­er que Besson aura reçu le scé­nario de Lost in Trans­la­tion d’une cer­taine Sofia Cop­po­la, l’au­ra refusé mais pho­to­copié en douce, puis remanié à sa sauce. Résul­tat prob­a­ble : Wasabi.

C’est donc avec un mélange d’a­gace­ment et de tristesse qu’on voit se dérouler sous nos yeux Human Zoo. D’a­gace­ment, parce que tout ce qui fait Europa­Corp est bien là à l’écran : scène dénudées racoleuses, musique boîte-à-ryth­mée comme de l’élec­tro under­ground alle­mande et omniprésente, gross­es bag­noles, gros flingues – à quoi bon faire le cat­a­logue ? La tristesse, en revanche, nous vient alors que nous assis­tons, mal­gré tout les efforts faits pour l’é­touf­fer sous la médi­ocrité, à la nais­sance d’une vari­a­tion ambiguë et intéres­sante sur le thème de Bon­nie and Clyde, aux portes de l’Oc­ci­dent. Tristesse, égale­ment, de voir abor­der le thème de l’im­mi­gra­tion clan­des­tine, la ten­ta­tive de pein­dre des clan­des­tins humains en états de peur et de lutte per­ma­nents — quelque chose que réus­sis­sent par­ti­c­ulière­ment Wel­come et Après l’océan, et qui n’est pas réelle­ment raté dans le film de Rie Ras­mussen. Pas raté, certes, mais noyé dans l’ob­jet ciné­matographique médiocre que son film est devenu. Tristesse, enfin, de voir une jeune réal­isatrice bien plus douée qu’on serait en droit de l’at­ten­dre, man­i­feste­ment capa­ble de choix visuels et scé­nar­is­tiques intéres­sants, au tra­vail ain­si dénaturé.