En 2018, après l’apocalypse qui a vu s’affronter hommes et robots, John Con­nor est devenu le héros de la résis­tance humaine con­tre Skynet et son armée de Ter­mi­na­tors. Alors qu’une nou­velle arme anti-robots est cen­sée met­tre fin à la guerre, un per­son­nage mys­térieux fait son appari­tion, Mar­cus Wright. Ami ou enne­mi? John Con­nor devra tranch­er, tout en pro­tégeant Kyle Reese, la clef de sa nais­sance.

Il est des films qui mar­quent l’enfance. Il est sûr que les deux pre­miers épisodes de la série des Ter­mi­na­tor font par­tie de ceux-là. De ceux qui impri­ment de manière défini­tive les rétines juvéniles. Les films de James Cameron avaient pour pre­mier grand mérite d’évoquer une apoc­a­lypse qu’ils ne mon­traient que par des trips fan­tas­ma­tiques. Com­ment se sor­tir de l’esprit ces images mor­bides au pos­si­ble où des machines déchaînées écra­saient des crânes humains et pour­chas­saient les rares sur­vivants de notre chère espèce dans les entrailles d’une Terre rav­agée? Com­ment oubli­er Sarah Con­nor qui dans un cauchemar rouge sang se voit fauch­er par une explo­sion atom­ique alors qu’elle joue à la bal­ançoire avec son fils?

En prenant la relève, Jonathan Mostow avait eu le bon goût de ne pas touch­er à ce pré­sup­posé qui fai­sait du futur une men­ace d’autant plus inquié­tante que sa mise hors champ oblig­eait le spec­ta­teur à le rêver par lui-même. Pour pro­duire un qua­trième épisode, Colum­bia Pic­tures s’est vu con­traint de trans­gress­er cet inter­dit nar­ratif. Mal leur en a pris. La vision de ce triste avenir ne glace pas vrai­ment d’effroi, bien moins que ne l’avait fait sa pos­si­ble sur­v­enue. Les dif­férents robots présen­tés n’ont pas la beauté froide et mag­né­tique des T‑800 et T‑1000 des précé­dents films. Les décors font plus penser à un télé­film fauché de M6 qu’à une super­pro­duc­tion inter­na­tionale. Et la pho­togra­phie grisâtre ressem­ble à peu de chose près au cat­a­strophique tra­vail de Robert Fraisse pour le Stal­in­grad de Jean-Jacques Annaud.

Jamais Ter­mi­na­tor Renais­sance n’arrive à créer une image pro­pre. Le film se situe tou­jours dans la pâle copie de films S‑F récents: Matrix, avec le sous-marin con­tenant l’état-major de la Résis­tance, La Guerre des mon­des avec le gigan­tesque Har­vester chargé de récupér­er les humains sur­vivants, Inde­pen­dence Day avec les avions de chas­se pour­suiv­ant un vais­seau enne­mi dans un canyon… Bref, alors que la série des Ter­mi­na­tor se situ­ait sous l’ère Cameron à la pointe de la S‑F, la sage se retrou­ve désor­mais à la traîne. Pour preuve, Ter­mi­na­tor Renais­sance se com­plaît à mul­ti­ples repris­es dans l’autoréférence: le «I’ll be back» lâché par un Chris­t­ian Bale plus atone que jamais, le thème orig­i­nal de Brad Fiedel… Le gim­mick de répéti­tion pour mas­quer une imag­i­na­tion en berne. La mélan­col­ie pour con­tr­er le vide d’une suite inutile.

Le plus déce­vant peut-être est que le film de McG ne tire à aucun moment prof­it d’une des dra­matur­gies les plus rich­es que la S‑F ait pu pro­pos­er. L’histoire de ce père qui envoie son fils dans le passé pour lui don­ner nais­sance est digne d’Eschyle ou de Sopho­cle. Pour­tant, le scé­nario signé par John Bran­ca­to et Michael Fer­ris – déjà auteurs de Ter­mi­na­tor 3 – échoue à sus­citer la moin­dre émo­tion. Les per­son­nages sont des arché­types sans cœur ni âme dont le des­tin indif­fère. Les his­toires d’amour sont anec­do­tiques, alors que celle du pre­mier épisode était boulever­sante. Les séquences s’enchaînent sans souf­fle. Rien qui accroche. Rien qui saisit les tripes. Si ce n’est peut-être lorsque l’identité hybride du nou­veau venu Mar­cus Wright (alias le mar­moréen Sam Wor­thing­ton) est révélée. Son human­ité vio­lée émeut une petite sec­onde avant que le film ne reprenne sa course aus­si folle que vaine.

Après Ter­mi­na­tor Renais­sance, deux autres longs métrages sont prévus. L’envie trop vis­i­ble de lancer une nou­velle trilo­gie à la manière de Star Wars. À moins d’un mir­a­cle, ces films ne seront eux aus­si que des pro­duits d’appel à jeux vidéo. Seul un véri­ta­ble auteur avec un point de vue fort pour­rait relancer la fran­chise, surtout pas McG, faiseur de sec­onde zone, dont le suc­cès de Char­lie et ses drôles de dames a fait large­ment illu­sion sur ses qual­ités de cinéaste. En fait, il y a fort à pari­er que la série des Ter­mi­na­tor ne se remette pas de l’absence de son inter­prète mythique, Arnold Schwarzeneg­ger. Son corps body­buildé était la par­faite incar­na­tion d’une human­ité qui se rêve par­fois machine pour mieux se redé­cou­vrir sen­si­ble et impure.