Par­faite démon­stra­tion de ce que la comédie roman­tique améri­caine pou­vait offrir de plus effi­cace dans les années 1930, La Joyeuse Sui­cidée a le charme suran­né des vieux films qu’on regarde avec une indul­gence cer­taine. Avec le tal­entueux William A. Well­man der­rière la caméra, on ne pou­vait en plus pas pass­er à côté d’une cri­tique (certes légère) du pop­ulisme des médias et de leur goût pour le macabre.

Hazel Flagg se sait con­damnée après une con­t­a­m­i­na­tion par le radi­um. Le cas est déjà célèbre puisque les jour­naux se sont un temps empressés de relater le trag­ique des­tin de cette belle jeune femme (déli­cieuse­ment inter­prétée par Car­ole Lom­bard) privée d’avenir pour mieux api­toy­er les lecteurs. Le jour­nal­iste Wal­lace Cook, mis à pied après une ter­ri­ble faute pro­fes­sion­nelle, y voit l’op­por­tu­nité de retrou­ver sa crédi­bil­ité et décide de mon­ter en épin­gle cette tragédie à coups de grands événe­ments médi­a­tiques. Seule ombre au tableau, Hazel Flagg a entre-temps décou­vert qu’elle était hors de dan­ger… S’en suiv­ent alors pour le cou­ple de héros une série de péripéties, par­fois iné­gales, sou­vent déli­cieuses, qui n’au­ront que pour seul but de ridi­culis­er en long en large et en tra­vers les excès d’une telle récupéra­tion médi­a­tique.

Célèbre met­teur en scène des années 1930, William A. Well­man a réal­isé quelques films mar­quants de la décen­nie comme l’ex­cel­lent L’En­ne­mi pub­lic n°1 ou encore la toute pre­mière ver­sion d’Une étoile est née (le remake de George Cukor passera davan­tage la postérité). Quel que soit le genre abor­dé (du film noir au west­ern), Well­man ne s’est jamais totale­ment dépar­ti d’un arrière-plan social et poli­tique, à l’in­star de l’un de ses plus célèbres con­frères de l’époque, Frank Capra. Et c’est bien évidem­ment à lui et à son célèbre L’Homme de la rue (1938) que l’on est ten­té de penser en suiv­ant les mésaven­tures de cette Joyeuse Sui­cidée. Dans le film de Capra, un jour­nal mon­tait de toute pièce le sui­cide d’un anonyme épuisé par la crise économique pour relancer ses ventes. Si L’Homme de la rue s’in­scrivait plutôt dans une longue série de films roo­sevel­tiens où la détresse du peu­ple améri­cain restait pal­pa­ble mal­gré le désamorçage presque sys­té­ma­tique du drame par la comédie, La Joyeuse Sui­cidée ne pré­tend pas à la même portée sociale en restant avant tout une comédie roman­tique mineure et assumée comme telle.

Si le méti­er de jour­nal­iste n’en ressort pas gran­di et les goûts du grand pub­lic plutôt dou­teux, La Joyeuse Sui­cidée vaut davan­tage pour l’a­battage de ses deux acteurs prin­ci­paux qui s’in­scrivent totale­ment dans la plus pure tra­di­tion de la comédie hol­ly­woo­d­i­enne d’alors, essen­tielle­ment basée sur la ren­con­tre inat­ten­due d’un homme et d’une femme que tout oppose mais qui finiront bien évidem­ment dans les bras l’un de l’autre. Le duo Lombard/March n’a pas la grâce bur­lesque d’un Hepburn/Grant mais le plaisir des acteurs est suff­isam­ment man­i­feste pour per­me­t­tre au spec­ta­teur de pass­er un agréable moment en se délec­tant d’un film aus­si léger qu’une bulle de cham­pagne.