Pas­sion­né de films de kung-fu, Jason décou­vre dans une bou­tique de Chi­na­town une longue canne ayant appartenu au Roi Singe, per­son­nage légendaire de la Chine anci­enne. Mag­ique, l’objet le pro­jette dans le temps, au cœur d’un pays dom­iné par les Guer­ri­ers de Jade. Pour met­tre fin à cette tyran­nie, Jason va devoir ren­dre la canne à son pro­prié­taire. Sym­pa­thique, mais insignifi­ant…

Il est des films qui glis­sent sur vous. À la sor­tie de la pro­jec­tion, vous saisit l’étrange sen­sa­tion d’avoir tra­ver­sé pen­dant l’heure et demie passée un gigan­tesque trou noir. Après un joli générique de début jouant du graphisme des vieilles affich­es de films de kung-fu, votre œil a bien cap­té les images qui défi­laient devant lui, mais l’information enreg­istrée n’a activé que peu de zones du cerveau.

La mémoire est tout de même sol­lic­itée. Un petit jeu men­tal s’engage pour recon­naître quels films ont vu leur con­struc­tion dra­ma­tique pil­lée. Incon­testable­ment, il y a beau­coup de Retour vers le futur dans Le Roy­aume inter­dit : le voy­age dans le temps, les codes d’une autre tem­po­ral­ité à vite inté­gr­er, la con­struc­tion en boucle où le héros revient suff­isam­ment aguer­ri pour ren­vers­er à son avan­tage la sit­u­a­tion ini­tiale… Il y a aus­si du Karaté Kid dans la for­ma­tion accélérée du héros aux règles des arts mar­ti­aux… Un côté Seigneur des Anneaux dans le design de la Mon­tagne aux Cinq Élé­ments, dans la lave qu’elle ren­ferme, dans la repro­duc­tion d’une nar­ra­tion très hero­ic-fan­ta­sy où les pro­tag­o­nistes que le héros croise sur son chemin lui per­me­t­tent d’accomplir sa quête… Il y a surtout un pil­lage éhon­té des fig­ures mythiques de la cul­ture pop­u­laire chi­noise : le Maître ivre, la Mar­iée aux cheveux blancs, l’Orpheline… Une repro­duc­tion calami­teuse des décors locaux : le désert, les chutes d’eau, la forêt de bam­bou, le jardin d’arbres à fleurs… Un cat­a­logue ridicule des dif­férentes tech­niques de com­bat exis­tantes : le Poing du ser­pent, la Mante religieuse, la Grue…

L’accumulation des aspects « Guide du routard » et « Kung-fu pour les nuls » pour­rait être détestable à la longue. Voilà un film qui réduit tout de même en 97 min­utes une cul­ture ances­trale à une suc­ces­sion de clichés. Bien dans les habi­tudes exas­pérantes de l’Amérique, et plus large­ment de l’Occident avec sa fâcheuse ten­dance à réduire les par­tic­u­lar­ismes régionaux à de sim­ples folk­lores. Mais le tout est nap­pé d’une telle niais­erie qu’il est dif­fi­cile de s’offusquer. Au mieux, dans toute sa plat­i­tude, Le Roy­aume inter­dit peut servir aux préado­les­cents français d’introduction à une fil­mo­gra­phie plus sélec­tive. Ils devraient ain­si s’intéresser à la pre­mière par­tie de la car­rière de Jet Li, du temps où il n’était pas seule­ment un bouf­fon sautil­lant à la Jack­ie Chan, notam­ment devant la caméra autrement vir­tu­ose de Tsui Hark.