Voici quelques mois débar­quait l’ac­croche de La Per­son­ne aux deux per­son­nes sur inter­net sous la forme d’un clip à la ringardise dro­la­tique : Gilles Gabriel, alias Alain Cha­bat, chan­tait avec l’ex­tra­or­di­naire mau­vais goût des années 1980 Flou de toi. Mal­heureuse­ment, l’ac­croche aurait presque suf­fi tant le film, mal­gré quelques petits gags réus­sis, manque de dynamisme et d’in­ven­tiv­ité.

On retien­dra prob­a­ble­ment deux choses de La Per­son­ne aux deux per­son­nes : son clip, Flou de toi, visionnable partout sur inter­net, qui par­o­die les clips des années 1980 et le ridicule des paroles d’un cer­tain nom­bre de chan­sons faiblardes, et ses dix pre­mières min­utes durant lesquelles Alain Cha­bat campe Gilles Gabriel, chanteur aux rou­fla­que­ttes impres­sion­nantes et à la cer­ti­tude dérisoire que sa car­rière sera bien­tôt relancée. Évidem­ment, Cha­bat chan­tant “Avec toi, c’est cham­pagne, j’ai chaud”, cela vaut son pesant de cac­ahuètes. Il y a d’ailleurs dans cette intro­duc­tion une intéres­sante cri­tique de la nos­tal­gie, qui sévit il y a quelques temps, des années de rimes rich­es et de fon­dus enchaînés sur des plages ensoleil­lées. Mais, Alain Cha­bat dis­paraît rapi­de­ment pour n’être plus qu’une voix off, qui s’est instal­lée après un acci­dent de voiture dans la tête de Jean-Chris­tian/­Daniel Auteuil.

Les deux réal­isa­teurs, Nico­las et Bruno, autre­fois auteurs des réus­sis “Mes­sages à car­ac­tère infor­matif”, s’ac­crochent à leurs pre­mières amours : le film d’en­tre­prise. Leurs anci­ennes chroniques en par­o­di­aient : ici, c’est au sein de la COGIP que tra­vaille Jean-Chris­t­ian ‑et Gilles Gabriel, per­suadé qu’il est mort et que l’en­fer ressem­ble à des bureaux. La pein­ture de l’u­ni­formi­sa­tion dans l’en­tre­prise s’ar­rête mal­heureuse­ment là ; le film y ajoute des petites piques con­tre les tics de lan­gage con­tem­po­rain, au tra­vers du per­son­nage de Mari­na Foïs (Muriel) qui ne par­le que par néol­o­gismes et angli­cismes. Tout cela ne va pas très loin, d’au­tant plus qu’une fois le ressort prin­ci­pal ‑une per­son­ne qui par­le dans la tête d’une autre- accep­té, ses développe­ments devi­en­nent très répéti­tifs.

Le ton bur­lesque adop­té n’est pour­tant assez méchant, assez grinçant pour tenir la dis­tance : certes, Daniel Auteuil en los­er mani­aque et aso­cial n’est pas une représen­ta­tion habituelle. Sa com­po­si­tion, sans être hon­teuse, est cepen­dant à l’im­age du film : ne par­venant pas à sor­tir de la redon­dance, les per­son­nages ne sont jamais appro­fondis. Ain­si celui de Muriel Per­rache (Mari­na Foïs) est-il affublé de dia­logues basiques la plu­part du temps jusqu’au dénoue­ment final dont le tro­pisme de comédie roman­tique sur­passe de loin la fan­taisie affichée. Sans doute le film aurait gag­né à jouer un peu plus des expres­sions tor­dantes d’Alain Cha­bat, à sur­pren­dre peut-être en échangeant les rôles et en faisant de Daniel Auteuil, réguli­er mal­gré tout de la comédie pop­u­laire à la Veber ou à la Lecon­te, la voix in capite.