Sabres au clair, regard mys­térieux, armée impres­sion­nante, typo rouge sang… L’af­fiche de Mon­gol évoque irré­sistible­ment un film qui ren­ver­rait La Princesse du désert au rang de bluette sen­ti­men­tale timide. Sur­prise : le film s’in­téresse avant tout au jeune homme Temud­jin, avant qu’il ne devi­enne Genghis Khan. Un film ambitieux, mais hélas un peu vide au-delà d’une belle évo­ca­tion entre his­toire et mythe.

En Occi­dent, le legs de Genghis Khan tient avant tout de la plus pure hor­ti­cul­ture : comme cha­cun sait, là où pas­sait le chef mon­gol, l’herbe ne repous­sait pas. Mais au-delà de ça, rien de bien con­cret ne retrace, dans nos livres d’his­toire, la fan­tas­tique épopée de celui qui fut prob­a­ble­ment l’un des plus grands con­quérants de l’His­toire. En Russie, en Mon­golie, en Chine, évidem­ment, sa notoriété est toute autre. Lorsqu’une évo­ca­tion aux airs grandios­es entre­prend de relater son his­toire, on serait en droit d’at­ten­dre un film épique, con­sacré à la con­quête du monde par les armées mon­goles.

Sur­prise : non seule­ment le réc­it se cen­tre sur l’as­cen­sion au sein des nations mon­goles du guer­ri­er alors nom­mé Temud­jin, mais aus­si et surtout sur ce qu’il doit à Borte, son épouse. C’est donc l’his­toire de deux êtres fiers et pas­sion­nés que pro­pose Mon­gol, et non le spec­ta­cle épique d’une con­quête gigan­tesque. Autre sur­prise, le choix de Tadanobu Asano pour inter­préter Genghis Khan. Certes dia­ble­ment charis­ma­tique, l’ac­teur est cepen­dant plus con­nu pour ses rôles de Pier­rot lunaires dans Last Life in the Uni­verse ou The Taste of Tea. Dans le rôle de Temud­jin, il peine par­fois à soutenir les assauts de caboti­nage de Sun Hong Ley, qui inter­prète son frère enne­mi, Jamukha, prin­ci­pale­ment parce qu’on ne saisit jamais vrai­ment les moti­va­tions réelles du per­son­nage. C’est là tout le prob­lème de Mon­gol : que ce soit dans les tran­si­tions (car le film de 2h04 cou­vre tout de même près de 40 ans de la vie de Temud­jin) ou dans le por­trait du guer­ri­er, le film mul­ti­plie les ellipses nar­ra­tives et de con­struc­tion.

Mon­gol appa­raît ain­si comme une évo­ca­tion résumée de la vie plus ou moins mythique de Temud­jin, un peu à la manière dont a été douloureuse­ment mutilée La Légende du héros chas­seur d’aigles, l’un des réc­its écrits lui étant con­sacré, dans sa dernière édi­tion en français. Dans les deux cas, le réc­it est axé sur les moments de bravoure, mais laisse der­rière lui nom­bre de con­nais­sances mythiques et his­toriques incon­nues du spec­ta­teur occi­den­tal. En résul­tent de graves carences de réc­it, des inco­hérences dans le por­trait des per­son­nages que ne rat­trapent pas les pour­tant effi­caces scènes de bataille, ni les superbes décors de la Chine et de la Mon­golie.

Acteurs tal­entueux et avenants, par­tis pris plus intimistes qu’épiques, savoir-faire man­i­feste dans les scènes de com­bat, pho­togra­phie maîtrisée : Mon­gol avait beau­coup pour plaire. Pourquoi, dans ce cas, avoir refusé la pos­si­bil­ité d’en faire un film long, en lieu et place d’un film de 2h, d’au­tant que le bud­get est man­i­feste­ment plus que décent (plus de 20 mil­lions de dol­lars au bas mot)? Tel qu’il est, amputé, rem­pli d’el­lipses, Mon­gol laisse finale­ment un mal­heureux goût d’i­nachevé.