« Les enfants c’est comme les années, on ne les revoit jamais pass­er. » Avec cette cita­tion, Louis-Fer­di­nand Céline touchait du doigt la plus vieille car­ac­téris­tique de la nature humaine : Les enfants nous échap­pent et c’est ici toute la prob­lé­ma­tique du nou­veau long métrage de Thomas Bar­dinet. Tout ceci sur un air de con­te qua­si­ment tué dans l’œuf car si Les Petits Poucets don­nent d’entrée de jeu un ton angois­sant voire ubuesque, le film détourne très vite les codes tra­di­tion­nels du con­te pour nous plonger en réal­ité dans une psy­ch­analyse des liens famil­i­aux.

La scène d’exposition annonce le réc­it par­fait d’un véri­ta­ble con­te « à la Per­rault ». La caméra se déplace à tra­vers les som­bres feuil­lages du bois mys­térieux, le tout sur une douce et fémi­nine voix off. On y par­le d’ogres, d’enfants, d’enfants mangés par les ogres… Pour finale­ment pass­er rapi­de­ment la main à une his­toire banale de vacances entre amis dans laque­lle seul l’aspect angois­sant du con­te sub­siste. Thomas Bar­dinet n’est là pour dif­fuser un dis­cours ni imag­i­naire ni moral­isa­teur, plus proche de l’analyse freu­di­enne que de celle de Per­rault. Et rien de tel qu’un sem­blant de huis clos pour l’analyse des rap­ports humains : une mai­son de cam­pagne, isolée et bor­dée par un bois, dans laque­lle se regroupent qua­tre amis (dont un cou­ple) accom­pa­g­nés de leurs enfants respec­tifs. Les petits s’ennuient, les grands ne sem­blent pas d’humeur très fes­tive mal­gré la douceur esti­vale… Il ne faut donc pas crain­dre de pren­dre le même chemin.

Dans la manière dont Thomas Bar­dinet filme cet univers famil­ial isolé et dans l’interprétation des dif­férents rôles, tout sem­ble trop lent et démon­tre une cer­taine inanité de son tra­vail. Les actions, les déplace­ments de cha­cun tirent en longueur sans pour autant accentuer l’ambiance glaciale, ni même apporter de l’intrigue aux per­son­nages. L’intérêt de cette lenteur sem­ble n’avoir de sens que pour attein­dre une durée totale de film égale à celle d’un long métrage. Cer­taines scènes auraient pu être réduites ou encore même évitées, ce qui aurait per­mis de met­tre l’essentiel en avant, et non de le cam­ou­fler par­mi tant d’éléments inutiles.

L’indolence de cha­cun s’arrête brusque­ment lorsque les enfants déci­dent de faire une par­tie de cache-cache. À par­tir de ce moment, les images pren­nent légère­ment plus d’entrain et de tonus. Les adultes devi­en­nent ces êtres vul­nérables aux pris­es de leurs pro­pres peurs habituelle­ment enfan­tines alors que les enfants affron­tent sans craintes l’obscurité noc­turne du bois et sa dan­gerosité pour en ressor­tir gran­dis. Par cette analyse du pas­sage du monde enfan­tin à celui de l’adulte et par un sub­til inverse­ment des rôles, Bar­dinet finit par déjouer les codes pour offrir à son réc­it une abstrac­tion dont il était jusqu’ici dépourvu.

Bar­dinet nous avait habitué jusqu’ici à un bril­lant tal­ent de réal­i­sa­tion de courts métrages qui lui ont valu de nom­breuses récom­pens­es dans les fes­ti­vals. Mal­gré ici sa jolie réus­site de créa­tion d’univers enchanteurs, trop d’éléments nous poussent à penser qu’il aurait été préférable d’user encore une fois de ce for­mat court qui lui réus­sit tant, pour don­ner à son film tout le dynamisme dont il manque aujourd’hui et ne garder que l’essentiel.