Atten­tion aux âmes sen­si­bles: énorme mélo et gross­es larmes de croc­o­dile en per­spec­tive… Ceux qui ont vu et adoré Sur la route de Madi­son, dont Richard LaGrave­nese avait écrit le scé­nario, com­pren­dront: n’allez pas voir P.S. I Love You sans un paquet de mou­choirs aus­si large que l’indis­pens­able sachet de pop-corn. “Comédie” roman­tique sans autre pré­ten­tion que de séduire un pub­lic féminin déjà tout attaché à sa cause avec un mes­sage aus­si révo­lu­tion­naire que “le grand amooou­urr c’est troooop beau”, P.S. I Love You ne boule­versera que les midinettes, mais prou­ve une fois de plus que même dans leurs sché­mas les plus éprou­vés, les scé­nar­istes améri­cains, qui nous man­quent beau­coup depuis le début de leur grève jus­ti­fiée, sont vrai­ment de petits malins.

Hol­ly et Ger­ry filent le par­fait amour depuis neuf ans, mal­gré de petites pris­es de bec dûes à l’in­sou­ciance de Ger­ry et l’in­con­stance d’Hol­ly. Hélas! Quinze min­utes après le début du film, on retrou­ve Ger­ry dans une urne, tumeur au cerveau oblige. Dévastée, Hol­ly se ren­ferme sur elle-même. Mais le jour de son tren­tième anniver­saire, elle reçoit un mes­sage de Ger­ry (enreg­istré avant sa mort, pas du par­adis): celui-ci lui a pré­paré une série de let­tres, qu’elle recevra sans en être aver­tie, pour l’aider à se recon­stru­ire une nou­velle vie… Hol­ly, c’est Hilary Swank, la très belle actrice mul­ti-oscaris­able, à qui la comédie comme le drame vont comme un gant (ça tombe bien, P.S. I Love You est un peu des deux). Ger­ry, c’est le très sexy Ger­ard But­ler (vu en Leonidas dans 300: hon­nête­ment, on ne l’avait pas recon­nu), accent écos­sais et sourire craquant en prime pour emballer les filles.

La pre­mière scène est franche­ment sur­prenante si ce n’est réus­si: plus de dix min­utes inin­ter­rompues, dans le lieu unique de leur apparte­ment, des dis­putes et réc­on­cil­i­a­tions divers­es de Hol­ly et Ger­ry, filmées au petit bon­heur la chance mais assez nou­velles dans le genre usé jusqu’à la corde de la comédie roman­tique. On est presque désolés pour Richard LaGrave­nese de préfér­er P.S. I Love You quand la caméra se pose enfin pour de banals champs/contrechamps, mais le film est sans doute un poil trop long pour tenir sur des sché­mas inno­vants. On n’en attendait bien sûr pas beau­coup plus du réal­isa­teur d’Écrire pour exis­ter, avec la même Hilary Swank, qui n’avait pas mar­qué les foules…

Il reste tout de même que le film est d’une habileté scé­nar­is­tique remar­quable (on ne tra­vaille pas avec Clint East­wood pour rien). Les quelques longueurs sont com­pen­sés par une galerie tra­vail­lée de per­son­nages sec­ondaires, des bonnes copines sur­voltées (dont Lisa Kudrow de Friends) aux amoureux poten­tiels (Har­ry Con­nick Jr et Jef­frey Dean Mor­gan de Grey’s Anato­my). Le bal­ance­ment entre comédie et drame per­met des moments réelle­ment ten­dres et savoureux, à mi-chemin entre Brid­get Jones et Elle et lui, où la nos­tal­gie est provo­quée par de petits sou­venirs de la vie quo­ti­di­enne et les rires par de petits riens ordi­naires saupoudrés d’une bonne dose de sec­ond degré ou de bur­lesque. Hilary Swank, chan­tant du Judy Gar­land ou se cas­sant le nez en trébuchant sur un câble, donne tant et si bien du sien qu’elle ne démérite pas des grandes dames de la comédie améri­caine, de Katharine Hep­burn à Julia Roberts.

P.S. I Love You n’est sans doute qu’une jolie romance de plus, per­due dans la marée rose bon­bon de 2008: entre 27 robes, Pene­lope, The Acci­den­tal Hus­band et Sex and the City, le genre n’a jamais aus­si bien marché, preuve aus­si du suc­cès impres­sion­nant de la lit­téra­ture chick flick (les Améri­cains seraient-ils en manque d’amour?). Mais elle prou­ve une fois de plus que même lorsqu’il s’ag­it de petits films aus­si vite vus qu’ou­bliés, les cinéastes améri­cains ne se con­tentent jamais du min­i­mum vital. Il y a un véri­ta­ble savoir-faire dans P.S. I Love You, que les cri­tiques grincheux et sévères dén­i­greront, sans doute à rai­son, mais qui dis­tille aus­si un plaisir immé­di­at de spec­ta­teur, où l’é­mo­tion con­tenue pen­dant deux heures éclate dans un imprévis­i­ble final 100% roman­tique, doux et moelleux comme un gros chamal­low.