Comédie se voulant à la fois loufoque et don­neuse de leçons, Frère Noël effraie par sa nul­lité et sa mièvrerie affichée. Mais le manque d’o­rig­i­nal­ité du pro­jet ne sem­ble pas (en tout cas dans la pre­mière par­tie) gên­er Vince Vaughn, ici à peine moins surex­cité que dans Ser­i­al Noceurs. Musique siru­peuse, retrou­vailles for­cées entres frères et défer­lement de générosité ne font, on l’au­ra com­pris, qu’en­tretenir la vieille ren­gaine d’un cer­tain ciné­ma améri­cain pop­u­laire.

Fred Claus (Vince Vaughn) est le frère mal-aimé de San­ta Claus (le mal­heureux Paul Gia­mat­ti). Psy­cholo­gie de script writer oblige, les cinq pre­mières min­utes du film se con­sacrent à la jeunesse des deux hommes : prédis­po­si­tion à l’al­tru­isme chez l’un, pen­chant pour l’é­goïsme chez l’autre. Adulte, Fred Claus a du mal à don­ner une image respectable de lui. Entre sa copine qu’il pousse à bout et ses dettes qui le con­duisent de fil en aigu­ille en prison, Fred doit faire appel à son frère pour sor­tir de son pétrin. Pas ques­tion de lui prêter de l’ar­gent, mais Papa Noël veut bien l’en­gager dans son usine au Pôle Nord…

Tout est bon dans Frère Noël pour renou­vel­er l’im­age de San­ta Claus et de ce(ux) qui l’entoure(nt) (donc, glob­ale­ment, du pro­duit) : traîneau dirigé par des rennes aus­si rapi­des qu’une fusée, garde du corps nain par­o­di­ant le film d’es­pi­onnage, séquences aux allures de clip musi­cal. David Dobkin retra­vaille le car­ac­tère fan­tas­tique des légen­des et con­tes de Noël en les faisant pass­er au broyeur du ciné­ma con­tem­po­rain, méth­ode dou­teuse qui sem­ble pour­tant fonc­tion­ner au box-office améri­cain (voir la série des Shrek). Si cette manière de traiter l’hu­mour peut par­fois faire mouche, dans Frère Noël, la plu­part des gags tombent totale­ment à plat.

Reste une hypothèse. Chaque pro­duit des­tiné aux enfants sages néces­site le tra­vail d’un nom­bre incal­cu­la­ble d’elfes et, en cela, la fac­to­ry du Père Noël peut évo­quer le ciné­ma tel que le pra­tique Dobkin : organ­isé jusqu’à l’érad­i­ca­tion de toute sur­prise, dépen­dant d’un tra­vail à la chaîne et surtout ultra-hiérar­chisé. Poli­tique du tech­ni­cien ? Avec un résul­tat d’une qual­ité tout autre, Rata­touille inclu­ait déjà cette mise en abyme (une arma­da de rats pré­parant la cui­sine pour sat­is­faire un cri­tique culi­naire), preuve qu’on va de plus en plus avoir à faire à des films bricolés par dix mille mains, entre­pris­es gigan­tesques où chaque couleur est le fruit de cen­taines d’heures de tra­vail. D’où l’im­pres­sion, en regar­dant Frère Noël, d’as­sis­ter à la pré­pa­ra­tion d’un tour­nage dont le but serait per­du d’a­vance. Finale­ment, les seuls à tir­er leur épin­gle du jeu sont les stars du film. Car du mes­sage vague­ment human­iste véhiculé, David Dobkin et sa troupe n’ont rien retenu et ont préféré opter pour une con­clu­sion sim­i­laire à The Hol­i­day, l’an­née dernière : la caméra qui s’éloigne tan­dis que les acteurs man­gent et dansent, leur cachet assuré.