Ancien assis­tant de Philippe de Bro­ca, Alfred Lot choisit l’adap­ta­tion d’un thriller de Franck Thilliez pour pass­er à la mise en scène : si l’his­toire com­porte quelques clichés nar­rat­ifs et sym­bol­es plus ou moins avenants, on reste éton­né d’une cer­taine maîtrise dans la repro­duc­tion de l’an­goisse à l’im­age, et dans la direc­tion d’ac­teurs aus­si hétéro­clites que la jeune Mélanie Lau­rent, Éric Car­ava­ca, l’habitué des comédies fran­chouil­lardes Gilles Lel­louche ou la rare Lau­rence Côte. Beau­coup d’in­sta­bil­ité et de zones ban­cales dans ce pre­mier film qui n’en reste pas moins un objet plutôt étrange et intéres­sant pour l’avenir.

On aurait tort de croire qu’Al­fred Lot ait sim­ple­ment voulu employ­er la jeune coqueluche de Philippe Lioret et des César, Mélanie Lau­rent, seul intérêt du fade Je vais bien, ne t’en fais pas. On aurait tort égale­ment de sous-estimer la pos­si­ble recon­ver­sion de cer­tains acteurs comme Jonathan Zac­caï, habitué aux rôles du beau gosse de ser­vice qui trans­met dans ce film un éton­nant sen­ti­ment de malaise. On aurait enfin tort de penser que La Cham­bre des morts renou­velle totale­ment le genre polici­er. Il a cepen­dant le mérite, au-delà de cer­taines fauss­es com­plex­ités scé­nar­is­tiques, de vouloir tranch­er avec la linéar­ité française dans un genre sous-estimé ou mal­traité dans l’hexa­gone depuis Melville. Avec une vraie représen­ta­tion de la noirceur, Alfred Lot campe un décor, une ambiance, à défaut d’avoir élaboré un scé­nario par­faite­ment con­stru­it et vraisem­blable.

Dans un décor de west­ern mod­erne, un park­ing entouré d’éoli­ennes, deux chômeurs abreuvés de bière (Gilles Lel­louche et Jonathan Zac­caï, Français moyens du ciné­ma français), ren­versent mortelle­ment un homme qui dis­po­sait d’une sym­pa­thique mal­lette rem­plie d’eu­ros. Comme un mal­heur n’ar­rive jamais seul, il se trou­ve que le sac de bil­lets était la rançon demandée par le ravis­seur d’une petite fille kid­nap­pée et dont le corps est retrou­vé le lende­main. Évidem­ment, les deux imbé­ciles gar­dent l’ar­gent, devenu à la fois la preuve de l’ac­ci­dent de voiture et la piste pour retrou­ver le kid­nappeur. Car une autre enfant est enlevée. Le prin­ci­pal intérêt de la nar­ra­tion est qu’elle suit de façon assez orig­i­nale la traque du kid­nappeur et non pas la fuite de ce dernier, mais aus­si celle des deux gais lurons meur­tri­ers par acci­dent. Un par­al­lèle peut-être par­fois un peu com­plexe cepen­dant.

Ce qu’Al­fred lot réus­sit tient tout d’abord à l’at­mo­sphère : des cris perçants, des lumières fugi­tives dans une nuit floue et glaçante sont les fonde­ments de la nar­ra­tion. Le rythme est assez hale­tant dans la pre­mière par­tie. Mais le film ne con­va­inc pas du début à la fin pour quelques raisons de tous ordres. D’une part, l’in­térêt des sec­onds rôles, par­ti­c­ulière­ment ceux de J. Zac­caï et de Gilles Lel­louche vire assez rapi­de­ment à l’abra­cadabran­tesque, leur fin est d’ailleurs trop facile pour être hon­nête et on a la désagréable impres­sion que leur déchéance est une méth­ode sim­ple de se débar­rass­er de per­son­nages qui mêlaient prob­lème moral, sim­plic­ité quo­ti­di­enne et plongée dans l’en­fer de la fuite. Pre­mier dom­mage. D’autre part, le dénoue­ment général est assez baroque et trop cri­ard : le kid­nappeur se révèlera assez cliché dans ses rap­ports crim­inels et affec­tifs, et Alfred Lot, qui avait réus­si à cadr­er son film dans une sobriété inquié­tante se perd dans un fes­ti­val de sym­bol­isme et d’ex­cen­tric­ité assez laide. Re-dom­mage.

Il reste cepen­dant quelques points posi­tifs, notam­ment Mélanie Lau­rent, de temps en temps engoncée dans son rôle de jeune flic maline et obsédée par une affaire qui lui rap­pelle son enfance, mais assez prenante dans sa com­po­si­tion de jeune femme com­plexée et inca­pable, juste­ment, de toute fuite, de toute action non per­son­nelle. Si Alfred Lot évite les con­fronta­tions trop com­plex­es, il tombe cepen­dant vers la fin dans une styl­i­sa­tion à out­rance qui s’op­pose à la sim­plic­ité intéres­sante des per­son­nages et des rap­ports humains au cen­tre du thriller. C’est bien dom­mage, mais pas vrai­ment mépris­able. Un peu moins de chichis et un peu plus de fice­lage scé­nar­is­tique pour le prochain, et cela pour­rait tout sim­ple­ment être bien.