Fred­dy est un jeune immi­gré bolivien qui a quit­té sa famille et la Bolivie pour gag­n­er un peu d’ar­gent comme cuisinier à Buenos Aires. À tra­vers lui, Adrián Cae­tano dresse le por­trait d’une Argen­tine du marasme, de la pau­vreté et du racisme. L’im­age est d’un noir et blanc âpre et gran­uleux, le décor est sor­dide et étouf­fant. Adrián Cae­tano avait signé là un beau pre­mier film nat­u­ral­iste qui méri­tait effec­tive­ment de sor­tir en salles.

Nom­mer un film argentin Bolivia n’est pas neu­tre : Cae­tano, rien qu’avec le titre et les pre­mières images de son film qui sont celles d’un match Argen­tine-Bolivie, installe la prob­lé­ma­tique de l’im­mi­gra­tion. La télé est en effet allumée, dans le café où Fred­dy vient d’être embauché – les clients font cir­culer la télé­com­mande. Fred­dy est étranger, Rosa aus­si, ils sont employés par le même patron de café parce qu’ils sont payés moins chers. Au quo­ti­di­en, ils essuient les remar­ques racistes des clients, ouvri­ers eux-mêmes mar­gin­al­isés les accu­sant de leur vol­er leur tra­vail. Et à chaque verre de trop, il y a le risque d’une bagarre.

Rosa et Fred­dy sym­pa­thisent donc, ils parta­gent les pour­boires, le déje­uner, et par­fois la cham­bre d’hô­tel. Sinon, les nuits de Fred­dy, comme de tant d’autres immi­grés, se passent sur un coin de table, endor­mi devant un café. Chaque nou­velle journée ressem­ble à la précé­dente, ponc­tuée dans le film par une res­pi­ra­tion musi­cale et un plan large sur la devan­ture du café. Sinon, on y étouffe.

Le huis clos est aus­si rompu par quelques rares échap­pées des per­son­nages – échap­pées sans cesse con­trôlées : pour pass­er un coup de télé­phone, il faut la recom­man­da­tion du patron et le guet de deux per­son­nes ; se promen­er seul dans la rue le soir, c’est s’ex­pos­er aux con­trôles de police. Bolivia est le réc­it de la lutte courageuse d’un petit, que le pes­simisme du film voue à l’échec. Racisme, misog­y­nie, homo­pho­bie, alcoolisme car­ac­térisent en effet ce micro­cosme. Au-delà, c’est-à-dire au début des années 2000, la société argen­tine tra­verse une grave crise économique.

D’une réal­i­sa­tion clas­sique et effi­cace – Adrián Cae­tano a aus­si rem­porté de jolis suc­cès à la télévi­sion –, le film est un drame abouti et d’au­tant plus méri­tant qu’il s’est tourné avec très peu de moyens, sur deux ans, pen­dant les week-ends. Le dossier de presse l’as­so­cie étroite­ment au renou­veau du ciné­ma argentin con­sé­cu­tif à une loi de 1995 et l’ar­rivée de cap­i­taux étrangers – on se sou­vient notam­ment de Lucre­cia Mar­tel (La Cié­na­ga) ou Car­los Sorín (His­to­rias Mín­i­mas).