Le suc­cès du remake d’Alexan­dre Aja devait for­cé­ment don­ner nais­sance à une suite. Hélas celle-ci n’est pas à la hau­teur de ses promess­es, s’en­fer­mant même dans une surenchère mal­saine, «légitimée» par ce qui est devenu une fran­chise… Wes Craven est certes à l’écri­t­ure du nou­v­el opus, la colline est certes tou­jours aus­si effrayante, le film ne dépasse en revanche jamais le stade «jeu vidéo». Suite aux ban­des-annonces alléchantes, on s’at­tendait à une sorte d’Aliens, le retour, ver­sion colline mutante. Et la décep­tion est à la hau­teur de l’at­tente. La jubi­la­tion d’un retour armé sur les lieux d’un mas­sacre antérieur n’est ici pas de mise. L’hor­reur est sup­plan­tée par une action pataude et une ébauche mal­adroite de cri­tique du corps de l’ar­mée. Elle appa­raît enfin lorsque les marines vis­i­tent les couloirs som­bres de la colline mais par bribes, et surtout trop tard pour relever l’in­térêt du film.

Mar­tin Weisz, jeune met­teur en scène à qui l’on doit Roht­en­burg, est pour­tant par­fait dans son rôle de mar­i­on­nette. Il fait même preuve d’une exploita­tion de l’e­space intéres­sante lorsqu’il trans­forme la colline en ombre menaçante et omniprésente dans ses cadrages. La forme rocailleuse est habile­ment util­isée et per­son­nifiée. Mais pour pou­voir faire vivre un matéri­au à pri­ori mort, il aurait fal­lu impos­er un souf­fle de vie en con­tre­point. Et c’est par l’ab­sence d’âme des per­son­nages cen­sés don­ner corps à la colline que le film perd tout son sens et surtout son poten­tiel d’épou­vante. On a l’habituel cat­a­logue pluri­eth­nique, l’his­panique, le noir, le blanc… Dou­blé dans sa banal­ité par une panoplie de car­ac­tères allant du plus vio­lent au plus doux, en pas­sant par la bonne mère de famille (avec la petite vidéo du fils en train de souf­fler ses bou­gies etc…). Leurs rap­ports sont car­i­cat­u­raux et jamais l’ac­tion du film ne parvient à effac­er cette lacune. Même dans les moments les plus prenants, on a la sen­sa­tion d’un étrange raté. La pre­mière par­tie à la lim­ite pou­vait augur­er une éventuelle descente aux enfers, irréfléchie et jouis­sive, mais très vite le film s’embourbe dans des sables mou­vants qu’il a lui-même con­stru­its.

L’im­men­sité des espaces qui avait fait la vital­ité et l’én­ergie du remake d’A­ja est délais­sée pour faire place à un lieu plus étouf­fant. Les jeunes recrues de l’ar­mée vont subir l’as­saut de cette colline donc, habitée par des mutants (résul­tats d’ex­péri­ences radioac­tives…) san­guinaires. Dif­fi­cile d’échap­per à ceux qui maîtrisent par­faite­ment le lieu (réminis­cence prob­a­ble d’un Viet-Nâm loin­tain) et de ne pas se faire avaler, découper, ou même vom­ir par une colline affamée.

L’hor­reur est là sans y être. Le piv­ot du film est une fois de plus ce qui a fait la renom­mée des autres opus, la scène incon­tourn­able du viol comme une mar­que de fab­rique «La colline…». La scène met mal à l’aise autant que pos­si­ble, non pas grâce à l’ef­froi qu’elle sus­cite, mais unique­ment par sa présence odieuse, sur­fant sur la vague de la tor­ture ten­dance (Hos­tel, Saw…). Sans intérêt dans le scé­nario bébête, que cosig­nent les Craven père et fils, le viol bar­bare est une vraie tache dans le réc­it, dis­gra­cieuse et répug­nante, néan­moins pré­tex­tée par le désir de survie de l’e­spèce mutante… trop facile. On aura déjà com­pris que seul ce goût récent du mal­sain vient l’ex­pli­quer, comme pour mieux ven­dre un film qui ne se démar­que pas d’autres pro­duc­tions d’un «genre» presque déjà mort-né. Mais l’ap­pétit inquié­tant pour une bar­barie odieuse et, finale­ment, qui tend à l’a­muse­ment, n’est pas uni­versel. Et heureuse­ment. À quand un troisième chapitre?