Une star morte mais vivante, un flic fou mais lucide, une enquête enrobée d’un mys­tère un peu fan­tas­tique : voilà à quoi se résume ce sec­ond film de Sophie Marceau. Regroupant une équipe d’out­siders (on retrou­ve à ses côtés Christophe Lam­bert et Robert Hos­sein), Sophie Marceau tente de con­stru­ire un thriller fan­tas­tique qui, très loin de Ver­ti­go plusieurs fois cité (la scène de pour­suite sur les toits, l’in­trigue elle-même…), accu­mule avec peine des séquences souf­frant d’un manque cru­el de crédi­bil­ité.

La Dis­parue de Deauville débute autour du per­son­nage de Jacques (Christophe Lam­bert), flic à moitié fou (il est han­té par sa femme défunte dont il ne peut faire le deuil) vers qui vient une star de ciné­ma défunte, Vic­to­ria (Sophie Marceau), pour lui deman­der d’en­quêter sur sa pro­pre dis­pari­tion. Quelques séquences d’en­quête plus tard, le point de vue jusqu’alors adop­té est cassé, par une scène de con­fronta­tion entre deux nou­veaux acteurs du drame. Bien plus qu’une par­en­thèse nar­ra­tive – faible mais insignifi­ante – cette scène est bien un aveu d’im­puis­sance à main­tenir un point de vue cohérent sur un sujet défi­ni. Et c’est là prob­a­ble­ment la plus grande faib­lesse du film (mais qui en fonde sa rai­son d’être) : son absence de sujet clair et assumé.

La Dis­parue de Deauville abor­de un pot pour­ri de thé­ma­tiques (citons la folie, le deuil, l’inces­te, l’ho­mo­sex­u­al­ité, la fil­i­a­tion…), sans squelette dra­maturgique pour struc­tur­er le tout. L’en­quête, en par­ti­c­uli­er, est unique­ment un pré­texte (qui s’an­nonce comme tel : voir l’ar­rivée qua­si sur­na­turelle de Sophie Marceau dans la voiture de Christophe Lam­bert) fourni arti­fi­cielle­ment au pro­tag­o­niste à défaut de lui trou­ver des moti­va­tions crédi­bles. Et les autres pistes sug­gérées pour jus­ti­fi­er la nar­ra­tion appa­rais­sent tout aus­si arti­fi­cielles. La pré­ten­due fas­ci­na­tion de Jacques pour la mys­térieuse actrice entre en oppo­si­tion avec l’om­niprésence de sa défunte com­pagne, sans que ne soit mis en scène le con­flit d’é­mo­tions dont il devrait être vic­time. Son statut de polici­er ne suf­fit pas non plus à faire accepter cet acharne­ment à enquêter, tant il n’y a rien pour l’in­car­n­er ni dans le jeu de Christophe Lam­bert ni dans l’écri­t­ure de son per­son­nage et de ses “col­lègues”.

Cette faib­lesse est mise en évi­dence dans l’écri­t­ure même de l’en­quête : Jacques ne pro­gresse pas et c’est Vic­to­ria, elle-même, qui doit venir à “son sec­ours”, lui apporter des doc­u­ments (pho­to, CD, DVD…) dans des scènes sans aucune légitim­ité au regard de l’in­trigue. Le comble de cette arti­fi­cial­ité scé­nar­is­tique est sûre­ment atteint avec la “réso­lu­tion finale”. Faute de pou­voir émerg­er naturelle­ment de l’évo­lu­tion du pro­tag­o­niste, elle doit fait appel pour pou­voir clore le film aux sou­venirs refoulés de l’un des per­son­nages; qui se livrent sous forme de flash-backs. À cela s’a­joutent des dia­logues d’une grande triv­i­al­ité (en par­ti­c­uli­er ceux de Robert Hos­sein, per­son­nage clé restant dans l’om­bre et n’ayant qua­si­ment que ça pour s’in­car­n­er) et une écri­t­ure des per­son­nages sans crédi­bil­ité.

N’ayant pas eu la capac­ité de dévelop­per un scé­nario cohérent, Sophie Marceau s’en remet à la tech­nique. Pour panser ces faib­less­es dont elle sem­ble mal­gré tout con­sciente, elle emploi une série d’ef­fets de mise en scènes super­flus, comme des bruitages appuyant lour­de­ment “l’é­trangeté” ou des effets visuels déco­rat­ifs (ralen­tis, flous…) et sur-sig­nifi­ants (trav­el­ling cir­cu­laire…) qui par­ticipent finale­ment à accentuer la fragilité de l’ensem­ble.