Le cinéaste chi­nois réalise un film his­torique visuelle­ment splen­dide – l’his­toire romancée de la dynas­tie Tang dans des décors lux­u­ri­ants. Actions ron­de­ment menées, choré­gra­phies sophis­tiquées, décors éblouis­sants tout y est : au dépens du réc­it ?

La Cité inter­dite con­voque l’ar­tillerie lourde du ciné­ma chi­nois. Cast­ing de renom : Gong Li et Chow Yun-Fat, cou­ple impér­i­al, deux des comé­di­ens chi­nois les plus en vue. Scènes d’ac­tions majestueuses aux effets visuels mul­ti­ples. Décors et cos­tumes flam­boy­ants : a‑t-on déjà vu autant d’or dans un film ? Tout est sculp­té, orne­men­té, léché, peigné. Le bud­get a dû être con­sid­érable. Aux com­man­des, Zhang Yimou. Depuis Le Sorgho rouge, Ours d’or au fes­ti­val de Berlin en 1989, jusqu’au Secret des poignards volants, réal­isé en 2004, le cinéaste s’est assuré une répu­ta­tion inter­na­tionale impres­sion­nante ; des films comme Épous­es et con­cu­bines (1991), Qiu Ju, une femme chi­noise (1992), Vivre ! (1994) ou Pas un de moins (1999) balisent la con­struc­tion d’une œuvre tapis­sée de récom­pens­es.

Au cœur du palais de la dynas­tie Tang dans l’at­tente de la célébra­tion de la fête de Chong Yang, se trame des con­spir­a­tions visant à ren­vers­er le pou­voir en place. L’Em­pereur, patri­arche tyran­nique, a du mal à enray­er les ambi­tions de ses jeunes fils : le com­plot dégénère en trahi­son. Une guerre éclate au sein du palais. La Cité inter­dite engage alors une réflex­ion intéres­sante sur les lim­ites du pou­voir et sur ses effets dévas­ta­teurs – à part dans les scènes finales : véri­ta­bles règle­ments de comptes intra muros, la vio­lence n’est jamais proclamée, tou­jours en creux, menaçante et insi­dieuse. Pour­tant le film, comme aveuglé par sa pro­pre ambi­tion, peine à séduire.

Car Zhang Yimou, trop préoc­cupé à pro­pos­er un grand spec­ta­cle, en a oublié de faire du ciné­ma. Les per­son­nages s’agi­tent dans ce grand palais, creux comme une coquille vide. La fresque se déplie, cer­tains éclats épars de mise en scène s’in­crus­tent dans l’œil – quelques com­bats joli­ment choré­graphiés, quelques ful­gu­rances, mais l’ensem­ble s’es­souf­fle trop préoc­cupé à faire spec­ta­cle. Deux con­stats : absence de sub­stance dra­ma­tique, splen­deur sans âme.