Du wu xia, Zhang Yimou a déjà livré un beau requiem avec Le Secret des poignards volants, sor­ti il y a main­tenant plus de quinze ans. Depuis cette épopée cha­toy­ante, qui embras­sait avec fougue toute l’emphase des réc­its de sabre chi­nois, le genre a quelque peu per­du de son ray­on­nement en Occi­dent. En témoigne la sor­tie directe­ment en DVD de Shad­ow, du même Zhang Yimou, qui s’affirme comme la ver­sion désen­chan­tée de ses aînés. Plus de couleurs écla­tantes ou de corps défi­ant les lois de la grav­ité : place aux nuances de gris et aux corps affaib­lis, qui trébuchent ou s’adon­nent à l’au­to-muti­la­tion. On y suit un jeune sol­dat, une « ombre » des­tinée à venger un noble dont il endosse l’i­den­tité dans l’e­spoir de repren­dre une cité occupée par une famille rivale. Le résumé pour­rait s’ar­rêter là, tant le film reprend en fait un sché­ma bien con­nu (celui de l’apprenti manip­ulé puis trahi par son maître) et l’accompagne tout juste d’un zeste de réflex­iv­ité, dans un méta-réc­it où une poignée de sou­verains machi­avéliques tirent les ficelles du scé­nario, dépla­cent leurs pio­ns et diri­gent leurs dou­blures à dis­tance. Shad­ow n’a mal­heureuse­ment pas beau­coup d’autres flèch­es à son arc. Peu inspiré, il s’en remet assez vite à une surenchère d’ef­fets et d’idées improb­a­bles (dont l’as­saut d’une ville par des com­bat­tants glis­sant comme des toupies entre deux ombrelles), avant de som­br­er sous une avalanche de twists tous plus clichés les uns que les autres – comme la décou­verte d’une machi­na­tion par un sou­verain qui fait juste­ment par­tie du plan de son enne­mi pour le déloger du pou­voir.

En dépit de ce triste tableau, la toute fin du film laisse espér­er que le ciné­ma de Zhang Yimou a peut-être retrou­vé, toutes pro­por­tions gardées, un peu de sa finesse après la débâ­cle de La Grande Muraille. Le dernier plan – qui est aus­si le pre­mier –, offre ain­si une belle issue à un per­son­nage jusqu’alors volon­taire­ment mis en retrait : celui de l’ancienne Reine du Roy­aume, prise au piège après l’échec d’un coup d’État auquel elle a par­ticipé, qui doit choisir entre pren­dre la fuite ou con­tin­uer de jouer son rôle de sou­veraine en changeant à nou­veau de camp. Dans l’embrasure d’une porte, où un rai de lumière éclaire son vis­age tan­dis que l’espace autour d’elle s’est entière­ment assom­bri, celle-ci com­prend qu’elle va devoir con­tin­uer de jouer en vue de main­tenir sa posi­tion. Pour elle, rester dans la lumière revient à devenir l’om­bre d’elle-même.