Quelle place y a‑t-il aux États-Unis pour les vétérans de con­flits mil­i­taires ? La ques­tion est d’au­tant plus forte que le pays est aujour­d’hui encore empêtré dans le con­flit irakien. Avec un scé­nario et deux acteurs au fort poten­tiel – Chris­t­ian Bale et Fred­dy Rodriguez – Bad Times accu­mule les pon­cifs de scé­nario et de mise en scène, pour se révéler n’être finale­ment qu’un télé­film de luxe con­venu et déce­vant.

Jim Davis est un ancien sol­dat des forces améri­caines, revenu au pays après une ter­ri­ble expéri­ence en Irak. Chômeur depuis lors, il place tous ses espoirs dans une car­rière de polici­er dans le départe­ment de Los Ange­les. Ses deux seuls récon­forts sont sa petite amie mex­i­caine qu’il rêve de faire émi­gr­er aux USA, et son ami Mike, chômeur lui aus­si. Le jour où il se voit oppos­er une fin de non recevoir par le L.A.P.D., tout s’écroule et le mon­stre revenu d’I­rak qu’il abrite en lui se déchaîne à nou­veau.

Ten­ter de met­tre un peu d’or­dre dans le script fouil­lis de Bad Times pour le présen­ter dans ces lignes per­met de se ren­dre compte de quelque chose : bien des réal­isa­teurs auraient pu tir­er d’une telle idée de scé­nario un film ter­ri­fi­ant et haute­ment polémique. Mais là où Voy­age au bout de l’en­fer, Né un 4 juil­let ou L’Échelle de Jacob asso­ci­aient une vraie démarche de cinéaste et un pro­pos poli­tique, Bad Times souf­fre de beau­coup de tra­vers, le pre­mier et le plus impor­tant étant une image sale, qui sem­ble vouloir se rap­procher d’un style caméra à l’é­paule mais dont le grain évoque finale­ment un télé­film de luxe, au sens de la pro­fondeur et du cadrage inex­is­tant. Mais le réal­isa­teur David Ayer sem­ble ignor­er, tout le film durant, le principe de pro­fondeur de champ et de per­spec­tive. Peu nom­breux sont les plans qui ne soient pas filmés en plan rap­prochés sur l’un des per­son­nages prin­ci­paux : ils doivent tou­jours se trou­ver au cen­tre de l’im­age. Se servir du hors-champ, d’un plan plus large, voire oser filmer une séquence sans y cadr­er ses pro­tag­o­nistes : David Ayer ne sait s’y ris­quer à aucun moment, et choisit plutôt de focalis­er le film sur ses deux têtes d’af­fich­es.

Pour ren­dre vivant et crédi­ble les mean streets de son Los Ange­les natal, le réal­isa­teur-scé­nar­iste-pro­duc­teur place dans la bouche de ses pro­tag­o­nistes un jar­gon out­rageuse­ment caviardé de jurons arché­ty­paux, qui auraient fait pouf­fer de rire les scé­nar­istes de New Jack City. Chris­t­ian Bale peut faire mer­veille dans le rôle fis­suré de Pat Bate­man, le dandy psy­chopathe et yup­pie d’Amer­i­can Psy­cho (d’ailleurs la seule rai­son de voir le film), mais lui deman­der d’in­car­n­er un per­son­nage dont la seule psy­cholo­gie con­siste à align­er tous les trois mots « fuck » et « dude » le rend ridicule. Fred­dy Rodriguez, quant à lui, s’en tire en étant moins mono­lithique, mais ne trou­ve tou­jours pas, après son rôle ridicule dans La Jeune Fille de l’eau, de per­son­nage à sa mesure sur le grand écran.

Avec sa mise en scène étouf­fante de promis­cuité et son traite­ment des per­son­nages haute­ment car­i­cat­ur­al et fort peu crédi­ble (voir l’inu­tile per­son­nage de la riche avo­cate jouée par Eva Lon­go­ria, mar­iée à Fred­dy Rodriguez), Bad Times décrédi­bilise com­plète­ment la descente aux enfers du per­son­nage de Jim Davis, qui pour­rait être somme toute assez frag­ile et émou­vant mal­gré la vio­lence qu’il dégage. Mais tout cela n’est que poten­tiel : tel qu’il est, Bad Times n’est qu’un bud­dy-movie un peu plus som­bre que la moyenne, filmé sans génie ni tal­ent, et qui dessert ses acteurs en ne leur offrant rien à inter­préter de vrai­ment probant.