Anna, neuf ans, voit son quo­ti­di­en boulever­sé le jour où son père se rap­proche de sa sœur com­mu­niste, engagée en Espagne con­tre le gou­verne­ment de Fran­co. La famille se méta­mor­phose petit à petit, renonçant en par­tie au con­fort passé et pro­gres­sant dans la voie de l’en­gage­ment social et du mil­i­tan­tisme poli­tique. Affaib­li par une direc­tion d’ac­teurs hési­tante, le pre­mier film de Julie Gavras se dis­tingue finale­ment par une écri­t­ure fine et une vision toute en retenue de la nais­sance d’une con­science poli­tique.

La Faute à Fidel abor­de le thème du poli­tique par le regard d’An­na (Nina Kervel), à l’âge ou débu­tent ses pre­miers ques­tion­nements sur le réel dans lequel elle grandit. Le point de vue que choisit donc la réal­isatrice lui per­met de main­tenir une forme de neu­tral­ité vis à vis du sujet qu’elle abor­de et de laiss­er le spec­ta­teur libre de ses opin­ions. Julie Gavras évite les juge­ments bien-pen­sants et la con­damna­tion moral­isatrice (du genre c’est mal d’emmener des enfants man­i­fester), mais ne légitime pas pour autant sans réserve les con­séquences des con­vic­tions de ses pro­tag­o­nistes. Elle réus­sit à créer un équili­bre (dont elle s’éloigne cepen­dant un peu à la fin) entre une ten­dresse presque nos­tal­gique pour ses per­son­nages sincères et une vision plus triv­iale de leur quo­ti­di­en trans­for­mé. Le par­ti pris nar­ratif de la réal­isatrice influe par ailleurs sur l’or­gan­i­sa­tion du film en scènes aux enjeux sou­vent peu défi­nis, et for­mant une mosaïque traduisant avec beau­coup de sub­til­ité la per­cep­tion morcelée de l’en­fant de la réal­ité qui l’en­toure et sa dif­fi­culté à appréhen­der ce qui se joue au-delà du seul change­ment de ses habi­tudes (démé­nage­ments, mode de vie…).

Cepen­dant, cette écri­t­ure scé­nar­is­tique d’une grande finesse (le scé­nario a d’ailleurs reçu le prix Michel d’Or­nano du fes­ti­val de Deauville) ne pou­vait fonc­tion­ner sans des per­son­nages d’une très grande épais­seur sen­si­ble. Julie Gavras leur ôte la pro­fondeur que leur con­fér­erait la portée de leurs engage­ments (ils per­dent leur dimen­sion sym­bol­ique) pour n’être que de sim­ples par­ents au sein d’une rela­tion famil­iale. Ne con­nais­sant pas les enjeux qui sont les leurs (leur voy­age au Chili pour soutenir Allende n’a par exem­ple pas d’autre réal­ité que les quelques cadeaux exo­tiques qu’ils rap­por­tent), on ne peut les abor­der que dans leur quo­ti­di­en­neté. Or la réal­isatrice sem­ble peu à l’aise pour diriger ses comé­di­ens qui peinent à trou­ver le ton juste pour incar­n­er leur per­son­nages (y com­pris Julie Depar­dieu pour­tant sou­vent remar­quable). La faib­lesse de la direc­tion se fait aus­si grande­ment sen­tir chez Nina Kervel (Anna), dont le phrasé stéréo­typé et con­stant agace et dessert son jeu sinon assez con­va­in­cant.

Julie Gavras sem­ble ren­con­tr­er cer­taines dif­fi­cultés sur ce qui est peut-être le plus déli­cat au ciné­ma : diriger des comé­di­ens – qui plus est des enfants. Cepen­dant, La Faute à Fidel laisse au bout du compte le sou­venir d’une écri­t­ure juste et inspirée et donne le sen­ti­ment d’une car­rière qui présage du meilleur.