Dur dur d’être une femme! Surtout lorsque l’on s’ap­pelle Evie, Coco ou Var­la et que l’on vit de rêves brisés made in Hol­ly­wood et de fan­tasmes inas­sou­vis. Dans ce pre­mier long métrage, l’Améri­cain Richard Day réu­nit trois acteurs pour inter­préter trois rôles d’ac­tri­ces déjan­tées et névrosées, au bord de la crise de nerfs. Frank Furter, Zig­gy Star­dust et John Waters s’in­vi­tent chez les Des­per­ate House­wives. On a cru aux feux d’ar­ti­fices, mais ça finit en pétard tout mouil­lé.

Evie, vieille alcoolique, au bord du coma éthylique se trou­ve au point mort de sa car­rière d’ac­trice de séries B et de shows télévisés. Elle a joué dans Astéroïde et ne s’en est jamais vrai­ment remise. Nar­cis­sique et égo­cen­trique, elle passe ses soirées à boire et à couch­er. En par­faite femme d’in­térieur, sa « room­mate » Coco préfère le plumeau au vibro. Pleine de bon sens pra­tique, elle excelle dans l’art de tenir une maison­née et fan­tasme sur la per­son­ne de Doc­teur Per­fect, l’homme médecin body­buildé au sourire émail dia­mant qui n’a cessé de pra­ti­quer ses avorte­ments. Quant à Var­la, elle est fraîche et plan­tureuse, un peu gour­dasse et pas très slim fast. Vic­time d’un déséquili­bre ali­men­taire, elle rêve d’une car­rière hol­ly­woo­d­i­enne à la Ava Gard­ner (le tour de taille en moins) avant de som­br­er dans les bras d’un obscur faux-pro­duc­teur aux intérêts peu scrupuleux, qui l’aguiche avant de la jeter sur le trot­toir. Un pro­duc­teur qui, en plus, ne s’est pas trem­pé dans un bain depuis fort longtemps! Mal­heur, donc, à Var­la car tout le monde n’a pas l’ais­selle Nar­ta. Heureuse­ment, Ste­vie, le fils d’E­vie, est là pour la récon­forter: cet homme est chaleureux mais doté d’un micro-pénis.

Chou­chou des fes­ti­vals gays, Girls Will Be Girls est le pre­mier long métrage de Richard Day. Nos trois girls en ques­tion sont incar­nées par des acteurs. C’est intri­g­ant mais sans grande orig­i­nal­ité lorsque l’on sait qu’en 1959 déjà, Bil­ly Wilder demandait à Tony Cur­tis et Jack Lem­mon de revêtir per­ruques et jupons pour inter­préter Daph­né et Joséphine dans Cer­tains l’ai­ment chaud. Ici, Richard Day désamorce les rêves pail­letés de nos com­mères par des dia­logues féro­ces à souhait. Car der­rière la vie couleur rose dragée, le sor­dide pointe son nez. Le blush et le sil­i­cone ne masquent pas les ambi­tions mal digérées et la soif de vengeance inas­sou­vie. Mal­heureuse­ment, on se lasse vite. Les per­son­nages certes drôles, sont acerbes mais peu con­va­in­cants.

Bâti sous forme de courts chapitres selon le principe du jour­nal intime, ce pre­mier long métrage manque de con­sis­tance scé­nar­is­tique. L’en­robage mal­abar de la mise en scène, que l’on retrou­ve notam­ment dans cer­taines séquences musi­cal­isées de rêves fan­tas­ma­tiques, ne sauve pas les ambi­tions d’un film qui, pour­tant très référencé, peine à nous sur­pren­dre et à dépass­er les influ­ences qui l’ont enfan­té. On rit, certes, mais pas assez.