Ce texte est extrait de notre numéro papi­er n°2, disponible ici à la com­mande : https://www.helloasso.com/associations/critikat-com/collectes/critikat-numero‑2

Jusqu’au 28 juin 2026, le Credac d’Ivry-sur-Seine accueille l’ex­po­si­tion Sam­bu­cus Nigra, qui retrace l’œu­vre plas­tique du jar­dinier, artiste plas­ti­cien et cinéaste Pierre Cre­ton. En écho à « l’herbier filmé » de Sept prom­e­nades avec Mark Brown, son dernier film co-réal­isé avec Vin­cent Bar­ré, nous avons souhaité pro­pos­er un chem­ine­ment alter­natif dans sa fil­mo­gra­phie à par­tir de quelques pho­togrammes de végé­taux filmés durant plus de trente ans.

Dans l’un de vos pre­miers films, Le Vic­i­nal, vous dévoilez quelques instants de vie locale : un champ de colza, un bœuf dans son pâturage, les gestes métic­uleux de l’apiculteur… Enreg­istr­er les images et les sons de votre quo­ti­di­en est une pra­tique con­sti­tu­tive de votre ciné­ma. En regard des autres formes d’arts que vous pra­tiquez – dessin, col­lage, pho­togra­phie, etc. –, com­ment et quand avez-vous dévelop­pé un attrait pour l’image filmée ?

J’ai com­mencé à filmer pen­dant mes études aux Beaux-Arts du Havre, grâce au matériel de prise de vue pro­posé par l’école. Ce n’était pas prémédité car je fai­sais plutôt du dessin, et il n’y avait par ailleurs aucun enseigne­ment pra­tique et théorique du ciné­ma ou de la vidéo. Mais en apprenant à utilis­er une caméra, ce médi­um m’a tout de suite con­venu. Je pense que cette envie de filmer remonte à l’enfance. Même si ma famille n’allait pas au ciné­ma, j’ai pu décou­vrir de nom­breux films à la télévi­sion. J’ai le sou­venir d’avoir été frap­pé par les films en noir et blanc de Drey­er ou Mur­nau. Pour­tant, plutôt que de pour­suiv­re des études en ciné­ma, vous avez préféré retourn­er dans votre vil­lage natal de Bénou­ville, en Nor­mandie.

Pour de mul­ti­ples raisons – économiques, poli­tiques ou éro­tiques –, je voulais surtout être ouvri­er agri­cole. C’est la démoc­ra­ti­sa­tion de l’image favorisée par les caméras vidéo qui m’a per­mis de con­tin­uer à filmer et de faire du ciné­ma qui ne me coû­tait presque rien. Je ne savais pas vrai­ment pour qui je fai­sais des films et je n’avais pas l’ambition qu’ils soient vus par le plus grand nom­bre. À l’époque, j’étais assez influ­encé par les action­nistes vien­nois, le body art… Je me sou­viens avoir fait une pre­mière vidéo, qui n’existe plus, dans laque­lle je m’enterre au milieu d’un champ de colza. J’ai com­plète­ment changé de reg­istre lorsque j’ai ren­con­tré Mar­cel Pilate, l’apiculteur qui appa­raît dans Le Vic­i­nal. Pour la pre­mière fois, cette rela­tion a déclenché le désir de faire un film, et j’ai com­mencé à faire un ciné­ma de ren­con­tres.

Colza (Bras­si­ca napus) dans Le Vic­i­nal (1994) | © Pierre Cre­ton

Vous avez ensuite filmé la mois­son dans Sept pièces d’un puz­zle néolibéral. Com­ment votre quo­ti­di­en d’ouvrier agri­cole s’est-il artic­ulé avec votre pra­tique de cinéaste ?

En 2006, en écrivant le scé­nario de Paysages Imposé, mon film sur le lycée agri­cole d’Yvetot, j’ai décou­vert l’ouvrage Au fond des images du philosophe Jean-Luc Nan­cy, qui décrit exacte­ment la façon dont je conçois mon tra­vail : « Le paysan est celui qui s’occupe du pays, et il n’est pas pour autant for­cé­ment agricul­teur. (…) Un paysan est un ouvri­er qui ouvrage le temps-et-lieu en même temps que l’objet ouvragé. Et c’est ain­si qu’il peut y avoir un paysan dans la ville, un paysan dans la pen­sée ou dans l’art : en tant que celui qui ne pro­duit pas seule­ment, mais qui d’abord cul­tive, c’est-à-dire qui fait venir et qui laisse croître. » Je n’ai jamais vrai­ment cher­ché à filmer l’agriculture. Mes films sont cepen­dant clairs quant à ma posi­tion sur le monde que je côtoie. Mal­gré la couleur lumineuse du colza que buti­nent les abeilles du Vic­i­nal, il y a l’idée d’une mono­cul­ture inten­sive déplorable.

Vingt ans après, vous exploitez la légèreté des moyens de prise de vues numérique dans L’Avenir le dira, filmé pen­dant la récolte du lin. Avez-vous le sen­ti­ment que ce mode de cap­ta­tion ajoute en prox­im­ité avec les agricul­teurs Pierre et Arnaud Bar­ray ?

Oui, cette manière de faire me per­met d’établir une cer­taine intim­ité avec les per­son­nes filmées. Lorsque j’ai tourné Le Vic­i­nal, j’ai écrit un scé­nario pour obtenir des finance­ments et tourn­er en pel­licule avec une petite équipe. Sur le tour­nage, des per­son­nes plus expéri­men­tées que moi attendaient que je leur donne des ordres. J’ai vite com­pris que le mod­èle clas­sique du tour­nage ne me con­ve­nait pas, ce qui m’a incité à repren­dre ma petite caméra pour filmer seul. Cette manière de faire rejoint cer­taine­ment l’idée d’un ciné­ma proche du « quo­ti­di­en » : quand j’ai réal­isé L’Avenir le dira, vingt ans plus tard, il n’y avait pas de scé­nario, aucun finance­ment… J’avais envie d’être au même niveau que Pierre et Arnaud – eux avec leur tracteur et moi avec ma caméra.

Lin cul­tivé (Linum usi­tatis­si­mum) dans L’Avenir le dira (2020) | © Pierre Cre­ton

Filmer le vivant

En 2021, votre tra­vail a fait l’objet d’une rétro­spec­tive dans le cadre de la thé­ma­tique « Cinéaste en son jardin » de la 43e édi­tion du Ciné­ma du réel. Com­ment votre pas­sion hor­ti­cole s’est-elle inté­grée à vos films ?

La dimen­sion sen­sorielle qui émane de la con­tem­pla­tion des plantes est mer­veilleuse. Le champ de colza du Vic­i­nal, ce mono­chrome de jaune agité par le vent… On est presque du côté de la pein­ture ! Ces plans réveil­lent nos sens, mais pas plus que les humains ou les ani­maux, que je filme à égal­ité. Il n’y a pas de hiérar­chie entre les vivants, et je ne crois pas filmer les végé­taux pour les con­serv­er dans une visée nat­u­ral­iste.

Dans Petit traité de la marche en plaine, les plans d’ensemble lais­sant Vin­cent Bar­ré s’éloigner de dos s’enchaînent avec des plans rap­prochés sur cer­tains détails du paysage, comme les végé­taux au bord du chemin. Pourquoi ces inserts ?

Hypothé­tique­ment, ces plans dévoilent des élé­ments croisés par le marcheur. Je crois surtout qu’il n’y a jamais de décors dans mes films. Pour moi, la notion de décor est presque abjecte. L’essence d’un paysage ou d’un lieu filmé se trou­ve dans les êtres qui y vivent – que ce soit les oiseaux, les insectes, les plantes, les pier­res… Faire ces plans, c’est con­cevoir les paysages tra­ver­sés par Vin­cent autrement qu’un décor. Cette notion m’est étrangère, comme le cast­ing ou bien d’autres élé­ments du ciné­ma pro­fes­sion­nel.

Prunier (Prunus domes­ti­ca) dans Petit traité de la marche en plaine (2014) | © Pierre Cre­ton

Ces plans fleuris, qui parsè­ment votre fil­mo­gra­phie, ne sont pas sans évo­quer « l’herbier filmique » L’Arc d’Iris, sou­venir d’un jardin, filmé sur les som­mets himalayens, ou encore les Sept prom­e­nades avec Mark Brown, dans lequel le botaniste bri­tan­nique vous entraîne de plante en plante par les chemins du lit­toral nor­mand. On retrou­ve dans les deux films cette manière de diriger le regard vers les espèces qui nous entourent. Avez-vous trou­vé en Mark un guide à l’image de votre ciné­ma ?

C’est drôle que vous util­isiez le terme de « guide », car je par­lerais plutôt de « mod­èle ». Mark fait par­tie de mes mod­èles, comme l’ont été Mar­cel Pilate, Jean Lam­bert ou Madeleine dans Va, Toto !. Ce sont des mod­èles de vie, avant d’être des mod­èles pour l’image et pour le ciné­ma, comme dirait Bres­son. Finale­ment, il y a très peu de choses qui me ser­vent unique­ment pour le ciné­ma. C’est la même idée que le décor : un paysage est un lieu où j’habite et mes acteurs sont d’abord des amis ou des proches. Le ciné­ma tout seul n’est pas suff­isant, il faut que ce soit avec la vie.

En quoi les images végé­tales recueil­lies par votre caméra dif­fèrent-elles des car­nets de plantes séchées de Vin­cent, que l’on aperçoit dans Un prince ?

La caméra est dev­enue mon out­il artis­tique prin­ci­pal. En tant que jar­dinier, je peux évidem­ment couper des plantes, mais c’est agréable de pou­voir réalis­er un her­bier sans avoir à le faire. Je coupe les images au mon­tage, tout en lais­sant vivre les végé­taux. C’est un geste ciné­matographique assez joyeux. Sym­bol­ique­ment, c’est mer­veilleux de prélever unique­ment ce que la plante a à nous offrir.

Ophioglosse (Ophioglos­sum vul­ga­tum) dans Sept prom­e­nades avec Mark Brown (2025) | © JHR Films

Sept prom­e­nades… entremêle deux régimes d’images dif­férents : dans la pre­mière par­tie du film, tournée en numérique avec une caméra de poche, on voit le tour­nage de la sec­onde, qui con­siste en un her­bier filmé en 16 mm. Quel avan­tage voyez-vous à la pel­licule pour une telle col­lecte d’images végé­tales ?

Ce dernier film est à nou­veau le fruit de deux ren­con­tres : Mark, qui souhaitait depuis longtemps que je filme son jardin paléob­otanique de l’Ailly, et Antoine Pirotte, acteur et chef opéra­teur d’Un prince, qui venait de suiv­re une for­ma­tion sur l’argentique. C’est cette pos­si­bil­ité de filmer en pel­licule, presque vingt ans après avoir ren­con­tré Mark, qui nous a décidés. En fil­mant ces plantes, on souhaitait revenir à l’origine du ciné­ma comme lui à « l’aube des fleurs ». L’impression de la lumière sur la pel­licule pro­duit une nou­velle manière impres­sion­nante de voir les choses. Je ne crois pas avoir déjà vu les prêles comme ça dans la réal­ité. Ces plans qui com­posent l’herbier sont presque des pein­tures du vivant. Mais pour filmer le déroule­ment du tour­nage, ma caméra numérique était essen­tielle : cela m’a per­mis d’obtenir cer­tains cadrages presque impos­si­bles à repro­duire en argen­tique.

Comme lorsque vous filmez cer­taines plantes en amorce ?

Pour réalis­er ce cadrage de la vipérine en argen­tique, il aurait fal­lu met­tre tout le monde en scène. J’étais très heureux d’obtenir spon­tané­ment ce rap­port d’échelle. Le bour­don sur lequel je me focalise ensuite fait qua­si­ment la même taille que les humains dans la pro­fondeur du champ. Cette com­po­si­tion pro­duit un équili­bre, une forme de cohab­i­ta­tion idéale entre les êtres vivants.

Vipérine com­mune (Echi­um vul­gare) dans Sept prom­e­nades avec Mark Brown (2025) | © JHR Films

Mark Brown insiste par ailleurs sur la rareté de cer­taines espèces, qu’il mon­tre à la caméra. D’autres, plus com­munes, ne sont pas moins men­acées par les activ­ités humaines, comme les prêles qui dis­parais­sent peu à peu des jardins. Alors que les couleurs plus ternes du numérique les con­fondent dans la végé­ta­tion, leur deux­ième mon­stra­tion en pel­licule les trans­forme en immenses tiges presque translu­cides. Ces images par­ticipent-elles d’une nou­velle manière d’appréhender la fragilité de ces espèces face à une bio­di­ver­sité en péril ?

Jean Cocteau l’a dit bien avant nous : « le ciné­ma c’est la mort au tra­vail ». Quand tu filmes l’ophioglosse ou la prêle, il est impos­si­ble de ne pas penser qu’après avoir survécu des mil­lions d’années, elles vont pos­si­ble­ment dis­paraître. Mais ce n’est heureuse­ment pas tou­jours con­scient chez moi. Si c’était le cas, mon geste artis­tique serait presque funèbre et je filmerais tout comme un cimetière à venir. J’essaie d’abord de filmer la beauté, la lumière, la vie… Et c’est pareil dans des films comme La Vie après la mort : mal­gré son âge et ses prob­lèmes de san­té, je n’ai pas filmé Jean Lam­bert en pen­sant qu’il allait bien­tôt mourir. Cette pen­sée-là m’accompagne dans la vie, mais pas lorsque je filme.

Dans Va, Toto !, où vous filmez l’adoption d’un petit mar­cassin par votre voi­sine Madeleine, c’est le mon­tage qui instau­re l’équilibre entre les êtres dont vous par­liez plus haut. La bipar­ti­tion de l’écran fait tan­tôt cohab­iter les dif­férents ani­maux de votre amie avec son mar­cassin rescapé ou, dans ce plan, la couleur d’un rosier avec sa chevelure immac­ulée. D’où vient cette idée de scinder l’écran en deux, seule occur­rence de cette fig­ure de mon­tage dans votre fil­mo­gra­phie ?

Madeleine, une amie de longue date qui a tou­jours refusé que je la filme, m’a per­mis de m’installer chez elle lorsqu’elle a recueil­li le mar­cassin Toto. J’ai enreg­istré un cer­tain nom­bre de rush­es au for­mat 4:3 avec ma caméra mini-DV, mais ce n’était pas suff­isant pour faire le film que j’avais en tête. Lorsqu’on a réelle­ment com­mencé le tour­nage de Va, Toto !, j’ai filmé les deux autres his­toires – le voy­age de Vin­cent en Inde et les rêves du paysan Joseph – au for­mat 16:9. Je me suis donc retrou­vé avec deux for­mats très dif­férents, et la meilleure manière de dia­loguer avec le 16:9 était de plac­er côte à côte les images tournées en 4:3. Par ailleurs, j’avais envie que la présence de Toto chez Madeleine soit dévoilée comme un livre d’images que l’on feuil­lette. Une idée a con­fir­mé l’autre lors du mon­tage.

Rosier liane Neige d’avril (Rosa) dans Va, Toto ! (2017) | © JHR Films

Le produit de la terre

L’invention d’histoires romanesques, que vous mêlez à votre quo­ti­di­en nor­mand, est au cœur de Va, Toto !, Le Bel été ou Un prince. Com­ment vous est venu le goût de l’écriture au ciné­ma ?

En com­mençant le tour­nage de Va, Toto !, j’ai souhaité con­vo­quer d’autres réc­its de vie que celui de Madeleine. J’ai d’abord essayé de tra­vailler avec des écrivains que j’admirais, mais j’ai finale­ment préféré les écrire avec Vin­cent Bar­ré et Mathilde Girard – égale­ment scé­nar­istes du Bel été et d’Un prince. Comme toutes les étapes de la créa­tion d’un film, je pense que le proces­sus d’écriture est par essence lié à l’amitié.

Dans ces trois films, les réc­its sont racon­tés en off par des voix qui ne sont pas celles des pro­tag­o­nistes. Françoise Lebrun inter­prète par exem­ple la voix intérieure de Madeleine dans Va, Toto !. Pourquoi ce procédé nar­ratif ?

Il y a dans un pre­mier temps une poly­phonie des voix qui découle sûre­ment du proces­sus d’écriture à trois mains. Nous élaborons des réc­its sin­guliers et per­son­nels. Et lorsqu’il a fal­lu les met­tre en scène, j’ai tou­jours pen­sé que notre voix intérieure avait un tim­bre dif­férent de celui de notre organe vocal. Quand on se racon­te son his­toire, c’est une autre voix qui par­le en nous. Par con­tre, je ne fais jamais de dou­blage : mes pro­tag­o­nistes con­ser­vent leurs pro­pres voix dans la diégèse.

Au début de Paysage Imposé, on entend votre voix en off deman­der « quelle est la dif­férence entre un paysage filmé dans le cadre d’une fic­tion ou d’un doc­u­men­taire ? » Aujourd’hui, quelle serait la dif­férence entre les fleurs mon­trées dans Un prince et celles décou­vertes par Mark Brown dans Sept prom­e­nades… ?

Je ne dirais pas qu’Un prince ou Le Bel été sont des « fic­tions », mais plutôt qu’ils ont un aspect romanesque qui pro­duit des formes hybrides. Le pre­mier plan d’Un prince se déroule à Dun­ge­ness : ce silène déter­ré en face du Prospect Cot­tage de Derek Jar­man est imprégné par l’histoire du lieu, par la voix off de Françoise Lebrun… Quand on sort des dogmes de la fic­tion ou du doc­u­men­taire, il n’y a plus vrai­ment de dif­férence. À par­tir du moment où tu cadres, même l’herbier des Sept prom­e­nades…, c’est en quelque sorte déjà de la fic­tion !

Silène (Silene) dans Un prince (2023) | © JHR Films

Autre forme d’hybridité avec le réel : dans Le Marché, petit com­merce doc­u­men­taire, vous vous filmez à Fécamp, en train de ven­dre votre miel, vos fleurs… et vos films.

Le ciné­ma devrait être un pro­duit de la terre. Évidem­ment, ça ne peut pas l’être tout à fait, car on filme avec une machine et des arti­fices. Pour moi, le ciné­ma mod­erne est un ciné­ma décrois­sant, au plus près pos­si­ble de la terre. Comme le dit Nan­cy du tra­vail agri­cole, plus loin dans Au fond des images, c’est le fruit d’une cul­ture, d’un mûrisse­ment, d’une attente. À soix­ante ans, je peux dire que toute ma vie, le ciné­ma aura été au même niveau que la récolte du miel ou des fleurs. Et même si c’était d’abord mû par un désir, j’ai tou­jours été obligé d’avoir d’autres ressources économiques que mes films. Le ciné­ma pro­fes­sion­nel est un milieu cen­tral­isé et je suis plutôt pour le décen­trement. Si je voulais vivre du ciné­ma, il faudrait que je fasse des films pour la télévi­sion, ou que mes films actuels fonc­tion­nent très bien en salle, ce qui n’est évidem­ment pas le cas. Et je n’ai jamais voulu devenir inter­mit­tent du spec­ta­cle. De toute façon, cette pra­tique a tou­jours été quelque peu con­tra­dic­toire avec mon mode de vie. Je me demande sou­vent pourquoi je fais des films si je n’ai pas envie d’en par­ler, de les mon­tr­er ou de ren­con­tr­er des gens. Mal­gré moi, peut-être, j’aime filmer. C’est quelque chose d’essentiel. Ce serait assez ennuyeux si je ne fai­sais que jar­diner… mais ce serait peut-être plus agréable… C’est un grand para­doxe !