Comme Lin­gui, les liens sacrés, précé­dent long-métrage de Mahamat-Saleh Haroun, Soum­soum, la nuit des astres embrasse un hori­zon fémin­iste en fig­u­rant, dans le Tchad d’aujourd’hui, des femmes unies con­tre le sys­tème patri­ar­cal et ses lois corsetées. Cette ambi­tion poli­tique se joint à la volon­té recon­duite du cinéaste de bross­er le por­trait d’une ado­les­cente, avec sa soli­tude et sa dif­fi­culté à s’affirmer maîtresse de sa pro­pre vie. Soum­soum se démar­que toute­fois par son incur­sion dans le fan­tas­tique : la jeune héroïne, Kel­lou, a le don de lire dans le passé (celui de son père notam­ment) et noue peu à peu une ami­tié forte avec une voi­sine con­sid­érée comme la « sor­cière » du coin, nour­rie par leur con­science d’être déposi­taires d’un savoir mil­lé­naire. Lorsque cette dernière meurt, Kel­lou s’emploie, mal­gré l’opposition des hommes du vil­lage, à lui offrir une sépul­ture dans une cav­ité mag­ique située au loin, dans le désert de l’Ennedi. Mais le film ne s’affranchit mal­heureuse­ment pas du poids de son sujet : la forme y reste entière­ment sub­or­don­née au souhait de dénon­cer sans détour le patri­ar­cat dans la société tcha­di­enne. Ain­si le tracé nar­ratif (divisé entre une par­tie au vil­lage et une autre, plus courte, dans le désert) con­duit-il à une fic­tion cal­i­brée, le mon­tage et la mise en scène ne s’octroyant que de très rares lib­ertés – tel le long plan d’ouverture, sur une pluie tor­ren­tielle dans la nuit noire. Si le film n’est pas dénué de ten­dresse pour ses per­son­nages, il manque en out­re de chair et de con­sis­tance dans sa manière de fig­ur­er le chem­ine­ment de son héroïne jusqu’au cœur du désert tcha­di­en : les scènes se fondent dans une esthé­tique con­ven­tion­nelle, l’image demeu­rant enclose dans une joliesse un peu lisse. Tout à la fois éthéré dans sa forme et empesé par son sujet, Soum­soum sus­cite en défini­tive une cer­taine indif­férence.