À la fois maîtrisé et généreux, Some­thing Like Hap­pi­ness est une ode déli­cate à la vie. Servi par une galerie d’ac­teurs tous plus justes les uns que les autres, ce sec­ond long métrage du réal­isa­teur tchèque Bohdan Slá­ma débor­de de promess­es en ne suc­com­bant jamais à la ten­ta­tion du pathos.

Cer­tains films pâtis­sent de la beauté de leur titre, témoignage d’une ambi­tion démesurée que l’on ne retrou­ve pas dans la mise en scène. Ce fut le cas de Forty Shades of Blue d’I­ra Sachs (2005), ou encore de La Vie promise d’O­livi­er Dahan (2001) qui n’avait de poé­tique que l’ac­croche, de boulever­sant que la présence d’Is­abelle Hup­pert. Avec un titre pareil, Some­thing Like Hap­pi­ness pre­nait le gros risque de la promesse faite au spec­ta­teur de lui offrir un film doux-amer, à la fois mélan­col­ique et léger. Pari plus que réus­si pour cette chronique réal­iste d’une galerie de per­son­nages tous aus­si pas­sion­nants les uns que les autres.

Dasha, Moni­ka et Tonik ont gran­di dans un immeu­ble HLM de la République Tchèque. Aujour­d’hui âgés d’une petite trentaine d’an­nées, ils passent con­tin­uelle­ment à côté de leur vie: Dasha, d’une nature frag­ile et insta­ble, som­bre peu à peu dans la folie, lais­sant ses deux jeunes enfants sou­vent livrés à eux-mêmes; Moni­ka, comme bon nom­bre de jeunes du pays, n’aspire qu’à migr­er aux États-Unis, là où son petit ami déjà par­ti l’at­tend; Tonik, le seul garçon, a fui le con­ser­vatisme de sa famille pour vivre avec sa tante dans une vieille ferme délabrée encer­clée d’usines gigan­tesques, ves­tiges de l’U­nion Sovié­tique.

Tout en creux et en boss­es, Some­thing Like Hap­pi­ness suit le par­cours de ces trois per­son­nages dont les des­tins s’en­tre­croisent puis s’en­tre­choquent, jusqu’au point de non-retour. En évi­tant le pathos sou­vent de rigueur lorsque l’on veut abor­der à la fois le dés­espoir, le chô­mage et la folie, le réal­isa­teur tchèque s’empare de son sujet avec toute la générosité req­uise. L’une des prin­ci­pales raisons de cette grande réus­site tient du fait que Bohdan Slá­ma ne s’en est pas tenu à une chronique intimiste coupée des réal­ités sociales et économiques de son pays. Les tours des vieilles usines de l’ère sovié­tique obstru­ent l’hori­zon tout comme l’im­meu­ble HLM est devenu la prison de ceux qui n’ont pas su ou pu s’adapter à la nou­velle donne libérale de leur pays. Ten­tés par l’ailleurs, par l’autre chose, les per­son­nages se heur­tent à des murs invis­i­bles que l’on appelle «incom­préhen­sion», «soli­tude», «détache­ment». Sans aucune fior­i­t­ure – très peu de musique, une caméra tou­jours au plus près des per­son­nages mais qui ne som­bre jamais dans la com­plai­sance –, Some­thing Like Hap­pi­ness préfère l’é­conomie à la débauche de moyens. Pour­tant réal­isé avec une pléi­ade d’ac­teurs con­nus en République Tchèque (et par ailleurs tous excel­lents), ce sec­ond film sait con­va­in­cre aus­si pour ses qual­ités formelles. La pho­togra­phie, par­ti­c­ulière­ment soignée et signée Divis Marek, sait tir­er tous les avan­tages d’une gamme de couleurs savam­ment exploitées pour ren­dre compte des mul­ti­ples tonal­ités de ce film en tous points promet­teur.