Le détec­tive Benoît Blanc (Daniel Craig) reprend son cos­tume d’Hercule Poirot des plate­formes dans Wake Up Dead Man, troisième volet de Knives out, fran­chise que Rian John­son développe désor­mais au rythme d’un film tous les trois ans. Rien de nou­veau sous le soleil : la comédie poli­cière se replie sur ses bases lit­téraires (Edgar Poe et Agatha Christie, ouverte­ment cités) et son cast­ing all stars, en tête duquel fig­urent Josh O’ Con­nor et Glenn Close. Tan­dis que le volet précé­dent – Glass Onion – offrait, un peu à la manière de la série White Lotus, un por­trait satirique assez réus­si des nou­veaux rich­es tuant leur ennui dans des îles pri­vatisées dédiées à leur oisiveté, ce nou­veau chapitre affiche une ambi­tion moin­dre : celle de jouer avec les codes du roman goth­ique. Dans des décors dignes d’un film de Guiller­mo del Toro, un prêtre odieux, Wicks (Josh Brolin), fait régn­er la ter­reur sur une petite com­mu­nauté de fidèles. Un autre pas­teur, le révérend Jud (Josh O’ Con­nor), plus jeune et can­dide, décou­vre peu à peu les vices de Wicks, avant d’être le prin­ci­pal témoin de son assas­si­nat lors d’une messe pas­cale.

Si l’enquête menée con­join­te­ment par Benoît Blanc et Jud démasque en chaque mem­bre du trou­peau une poten­tielle bre­bis galeuse, on peine à en saisir la portée exacte. S’agit-il de déplac­er Tartuffe chez les évangélistes améri­cains ? Comme dans le pre­mier volet de la fran­chise, où le per­son­nage cubano-espag­nol d’Ana de Armas appa­rais­sait comme la grande gag­nante d’une lutte d’intérêts entre bour­geois blancs, la « cri­tique » sociale vise ici le con­sen­sus le plus plat. Les deux prêtres sym­bol­isent deux ver­sions opposées de la foi et il va de soi que celle qu’in­car­ne Jud, qui préfère les groupes de parole aux ser­mons, est celle der­rière laque­lle le film se range. En occul­tant pro­gres­sive­ment la part la plus trou­ble du per­son­nage de Jud (qui a trou­vé dans la reli­gion un moyen de neu­tralis­er ses mau­vais­es pul­sions), John­son cède à la facil­ité, comme si le mau­vais côté de l’église ne devait être incar­né que par le prêcheur cor­rompu (Wicks), alors que le vice peut aus­si se drap­er der­rière les meilleures inten­tions.

L’intérêt du film réside alors dans le sim­ple jeu : moins celui du who­dunit (un peu cousu de fil blanc) que celui du cast­ing, qui sem­ble avoir été pen­sé dans un esprit aus­si léger et récréatif que celui de Mam­ma mia ! Si Daniel Craig a trou­vé dans le rôle de Blanc de quoi nour­rir sa recon­ver­sion post-James Bond, les autres acteurs livrent des presta­tions sans inven­tion, ni fan­taisie. Josh Brolin cabo­tine seul sur le boule­vard que lui offre son rôle de prêtre dia­bolique, là où Glenn Close rejoue son éter­nel rôle de femme sèche et machi­avélique, en mode Mar­quise de Mer­teuil bla­farde. Bref, on s’a­muse peu dans Wake Up Dead Man et la mise en scène de John­son, appliquée dans ses jeux de clairs-obscurs, ne fait que ren­forcer l’im­pres­sion d’i­nanité pro­duite par ce con­tenu que Net­flix sort encore une fois au moment de Noël, en pré­sup­posant peut-être chez ses spec­ta­teurs une aspi­ra­tion au repos men­tal, voire au grand vide, lors des fêtes de fin d’année. Joyeux Noël !