Exit la cave décharnée du pre­mier volet : l’intrigue de Black Phone 2 se déroule essen­tielle­ment dans un camp de vacances per­ché dans les Rocheuses et sub­stitue à l’ex­iguïté du sous-sol une forme de claus­tra­tion plus psy­chologique. Cette fois-ci, le cœur du con­cept tient dans les rêves qui assail­lent Gwen (Madeleine McGraw). La suite de Black Phone creuse donc la veine du film men­tal ; la men­ace (« l’Attrapeur », tou­jours incar­né par Ethan Hawke) ayant été vain­cue par le passé, elle ne peut désor­mais ressur­gir qu’en songe, tel un Fred­dy des temps mod­ernes. Une par­tic­u­lar­ité cepen­dant : là où nom­breux films men­taux jouent sur l’indistinction entre le réel et le fan­tasme – Smile 2 par exem­ple, où la réal­ité se dérobait sans cesse sous nos pieds, le film se révélant in fine n’être qu’un cauchemar sans fond –, une fron­tière plas­tique sépare les deux strates dans Black Phone 2, les visions de Gwen se parant sys­té­ma­tique­ment d’un épais voile gran­uleux. Cette par­ti­tion plus mar­quée per­met au film d’entrelacer dans ses scènes d’action deux régimes d’images : celui des rêves de la pro­tag­o­niste et celui, plus net, du monde réel, dans lequel l’Attrapeur demeure insai­siss­able.

De ce principe stim­u­lant sur le papi­er, le film tire hélas essen­tielle­ment des vignettes sen­sa­tion­nelles qui font appel à l’iconographie du ciné­ma d’horreur (on pense par exem­ple à L’Exorciste devant les images de corps propul­sés par une force invis­i­ble). Face à cet échec, les séquences de rêve s’ap­par­entent avant tout (comme l’étaient déjà les objets et spé­ci­ficités de la cave dans le pre­mier volet) à une réserve d’indices dont les per­son­nages se sai­sis­sent à chaque réveil en vue de met­tre hors d’état de nuire « l’Attrapeur » et de se réc­on­cili­er avec leur passé – la mère de la fratrie refait sur­face dans les visions de Gwen. Le film s’achèvera d’ailleurs sur un  « empou­voire­ment » de l’héroïne et une reprise de con­trôle sur ses visions : la promesse d’une forme chao­tique induite par le dis­posi­tif onirique restera let­tre morte.