Antares est un film raté prob­a­ble­ment parce que l’am­bi­tion de min­i­mal­isme, d’épure ciné­matographique ne peut fonc­tion­ner dans le ciné­ma encore trop jeune d’un presque nou­veau cinéaste.

Cité dor­toir d’une Autriche bla­farde. Trois réc­its imbriqués les uns dans les autres, som­bres his­toires d’amour pour­ris­santes, sexe, drogue sans rock­’n’roll. Et une bonne dose d’hu­man­ité, une. Eva a la trentaine passée et recouche avec son vieil amant. Son­ja, cais­sière dans un super­marché, s’in­vente une grossesse pour atten­drir son mec à elle drôle­ment volage. Et Alex essaie de recon­quérir Nicole à coup de baffes. Le por­trait est loin d’être guilleret mais il est légitime. C’est de loin l’his­toire de Son­ja la plus touchante. D’abord parce que le cinéaste cherche à cern­er avec le plus de métic­u­losité pos­si­ble la triv­i­al­ité de la vie de cou­ple, truf­fée de petites lâchetés et de men­songes dégoû­tants et ce en évi­tant le psy­chol­o­gisme bon marché. Et puis parce que l’œil de la caméra est ici en accord avec la tristesse du pro­pos et s’ap­plique à traduire avec finesse la déchéance du cou­ple (silences… plans séquences… décor soigné). Mal­heureuse­ment les deux autres réc­its (et surtout le pre­mier) plombent le film qui ne se relève pas des mille et une mal­adress­es formelles.

Götz Spiel­mann cul­tive un ultra-nat­u­ral­isme exac­er­bé par la plat­i­tude de la vidéo gauche­ment util­isée. Le par­ti pris esthé­tique, celui de l’im­age un peu sale, tourne au fadasse. Et par un curieux sys­tème d’é­chos, cette image sale n’est que le rap­pel d’une chair triste qui s’a­ban­donne. Antares s’in­scrit donc dans une veine sacré­ment réal­iste, rien à dire de ce côté-là, mais que le cinéaste filme de manière banale et plate ; tout fout le camp. Exem­ple : le souci d’ « authen­tic­ité » (ou de provo­ca­tion) de Spiel­mann le pousse à filmer les ébats d’E­va la trente­naire. Le pari est risqué et peut-être inutile. Provo­ca­tion ? Fausse audace ? Chal­lenge ? Reste que plutôt que d’avoir choisi de filmer une scène sex­uelle avec le plus de cru­dité pos­si­ble (le puri­tanisme n’est plus de mise), le cinéaste filme qua­tre étreintes mal­adroite­ment : la caméra suit les mou­ve­ments des acteurs dans d’in­ter­minables plans-séquences dans lesquels ils s’es­souf­flent au même titre que le spec­ta­teur. La mise en scène de Spiel­mann est ratée : ce n’est pas un gros plan sur le vis­age fatigué et cerné de l’ac­trice prise en lev­rette qui va arranger notre affaire, on croirait d’ailleurs presque sur­pren­dre notre voi­sine. Les plans sont très peu flat­teurs pour les acteurs, et même si le cinéaste n’en­tend pas pro­duire de l’éro­tisme mais bien du sexe, la mise en scène n’est pas à la hau­teur de l’am­bi­tion de cru­dité. Ces plans ne ser­vent rien ni per­son­ne, surtout pas les acteurs. Dom­mage vu les efforts con­sid­érables qu’ils ont dû fournir dans la sim­u­la­tion de la jouis­sance. Et puis Spiel­mann ne nous épargne rien et surtout pas les excen­tric­ités sex­uelles ordi­naires et assez pénibles. Voir la scène de voyeurisme où les pro­tag­o­nistes se tripo­tent dans une douche, sous les yeux ébaubis du maître d’hô­tel.

Eva peut avoir envie de s’en­voy­er en l’air. Mais pourquoi en avoir tant fait dans la surenchère de cette chair triste qui va jusqu’à ternir le pro­pos réal­iste ? Et surtout pour quels résul­tats et au nom de quoi ?