La trame du pre­mier long-métrage de Diego Cés­pedes a de quoi sur­pren­dre : à l’orée des années 1980, dans un coin déser­tique au nord du Chili, une petite com­mu­nauté d’individus trans­genre se meurt dans un cabaret tombé en désué­tude à cause de la peste (en réal­ité : du Sida). Situé aux abor­ds d’un vil­lage minier sin­istré, ce lieu pous­siéreux, bap­tisé la « Mai­son », devient au fil d’événements dra­ma­tiques celui d’une résis­tance tenace (aux préjugés, aux regards accusa­teurs des mineurs et à la mort). Au sein de cette famille queer réin­ven­tée vit Lidia, une fille de onze ans rongée par la vengeance (au début du film, un amant malade tabasse Fla­mant Rose, la « maman » d’adoption qui l’a prise sous son aile), autour duquel s’agence le réc­it. Cés­pedes s’attache toute­fois moins à cet hori­zon des repré­sailles qu’à la tra­jec­toire mou­ve­men­tée de ce jeune per­son­nage, en épou­sant sa sen­si­bil­ité, voire son regard (plutôt que celui de Fla­men­co, comme le titre le lais­sait pour­tant enten­dre).

Sa course effrénée ouvre et referme d’ailleurs le film : course en avant, d’abord, de celle bra­vant l’adversité d’un vent tem­pétueux ; course en arrière, à la toute fin, quand sor­tie de son som­meil, Lidia s’échappe subite­ment du véhicule qui l’éloignait de la « Mai­son » pour revenir sur ses pas, dans un ultime sur­saut sans lende­main. Œuvrant dans le sil­lage de ce beau per­son­nage insai­siss­able, Le Mys­térieux regard du fla­mant rose zigzague entre les écueils de l’exubérance et de la noirceur, emmêle les échap­pées poé­tiques et les con­sid­éra­tions plus terre à terre. Si l’on peut saluer la justesse avec laque­lle Cés­pedes filme ses « pes­tiférées », on peut en revanche regret­ter l’arborescence d’un réc­it qui se dis­perse volon­tiers sans for­cé­ment con­va­in­cre de la néces­sité de toutes ses ori­en­ta­tions (en par­ti­c­uli­er psy­chologiques). D’autant que der­rière l’outrance par­fois affichée, la mesure prime : pas un plan n’imprègne durable­ment la rétine. Il y a plus détestable que cette dis­ci­pline à faire beau et bien, à sur­jouer le fan­tasque, surtout s’agissant d’un pre­mier long-métrage, mais on espère un panache plus assumé pour le suiv­ant.