Cinq ans après The Irish­man, The Alto Knights se présente comme un nou­v­el adieu de Robert De Niro au genre qui fit en par­tie sa renom­mée, le film de gang­sters. Mais si Scors­ese livrait une médi­ta­tion han­tée par le vieil­lisse­ment, Bar­ry Levin­son pro­pose quant à lui un best-of indi­geste et paresseux des clas­siques de l’acteur. Le (tout) petit intérêt du film tient dans la con­fronta­tion de deux types de gang­sters que De Niro a incar­nés tout au long de sa car­rière et qu’il inter­prète ici en même temps. D’un côté, Franck Costel­lo, par­rain de la pègre à l’ancienne, incar­ne une crim­i­nal­ité emprunte de droi­ture morale évo­quant le flegme des per­son­nages des Affran­chis ou de Casi­no ; de l’autre Vito Gen­ovese, son ancien meilleur ami, a quant à lui le côté chien fou et incon­trôlable de son inter­pré­ta­tion dans Mean Streats, alors que depuis les années 1990 ces attrib­uts étaient plutôt réservés à son com­père Joe Pesci.

Les pre­miers plans du film – un atten­tat con­tre Costel­lo – suiv­is de sa voix off aux accents funèbres, font d’abord croire que Levin­son cherche à renouer avec l’élan rétro­spec­tif de The Irish­man. Mais ce ver­sant fan­toma­tique intéresse moins Levin­son que la reprise de motifs scors­esiens, réduits au rang de clichés pub­lic­i­taires. Si les mon­tages musi­caux nerveux, les arrêts sur image inces­sants et autres suc­ces­sions de pho­togra­phies pour sig­ni­fi­er l’écoulement du temps enten­dent recou­vrir la vigueur et l’énergie pro­pre au genre, ils ne font ici qu’entériner la désué­tude du film. Loin de repro­duire le ver­tige des Scors­ese aux­quels il se réfère, ces effets maniérés accom­pa­g­nent tou­jours sage­ment la logique d’un scé­nario générique (pour­tant ouvragé par un spé­cial­iste en la matière, Nicholas Pileg­gi, l’auteur des Affran­chis), prenant soin que tous les dia­logues expli­cat­ifs ne per­dent jamais son spec­ta­teur. Hon­neur, trahi­son et exé­cu­tions som­maires s’enchaînent paresseuse­ment au rythme de la con­fes­sion face caméra de De Niro, qui sem­ble lire un promp­teur comme un présen­ta­teur télé à la retraite. Après deux mag­nifiques inter­pré­ta­tions (The Irish­man, Killers of the Flower Moon) qui son­naient comme un retour en grâce, cette purge le fait rep­longer dans les zones les plus som­bres de sa fil­mo­gra­phie.