Depuis vingt ans, le ciné­ma vire­voltant de Tsui Hark s’est fon­du dans un genre qui tend à lim­iter ses élans : le block­buster his­torique, voire his­tori­co-fan­tas­tique, dont les dif­férentes décli­naisons, bien que pop­u­laires au box-office chi­nois, ne trou­vent plus que de manière inter­mit­tente le chemin des salles français­es. Leg­ends of the Con­dors Heroes, qui entremêle un mélo­drame siru­peux, une guerre con­ti­nen­tale (avec Gengis Khan en per­son­ne) et la recherche d’ancestrales tech­niques d’arts mar­ti­aux, repose sur un éton­nant alliage entre épopée académique et wu xia pian plus sin­guli­er. Le film sem­ble tout entier habité par une série de para­dox­es. D’abord, sur le plan nar­ratif : le scé­nario peut bross­er en une poignée de min­utes des mou­ve­ments entiers de son his­toire, mais égale­ment ressass­er, par l’en­trem­ise de flash­backs dis­pens­ables, des bouts de séquences entrap­erçus seule­ment quelques instants plus tôt. Ce surlig­nage dra­maturgique jure par ailleurs avec la con­fu­sion dans laque­lle baigne le réc­it, à la fois hyper ample et presque trop court au regard du feuil­leté qu’il met en place.

Sur la mise en scène, ensuite : si le film ressem­ble par­fois à un télé­film de luxe inspiré par Le Seigneur des anneaux, il con­va­inc davan­tage lorsqu’il se focalise sur l’antagoniste, le bouf­fon et malé­fique « Venin de l’Ouest », un « maître de la Plaine » doté de grands pou­voirs. À son con­tact, le film s’hybride encore plus, entre farce bur­lesque, déchaîne­ment d’effets spé­ci­aux et choré­gra­phies furi­bon­des. C’est la part la plus réussie de Leg­ends…, bien qu’elle reste minori­taire : les enjeux nar­rat­ifs devi­en­nent le catal­y­seur d’une cinégénie numérique qui fait de l’eau, de l’air ou du feu des matières dompt­a­bles par les per­son­nages rival­isant d’inventivité pour sor­tir tri­om­phants d’affrontements aus­si homériques que ludiques. Seules quelques scènes aéri­ennes se détachent au sein de cette fresque qui pèse son poids, mais il n’empêche : même si les films de Tsui Hark investis­sent désor­mais un cadre très bal­isé, ils ne ressem­blent à rien d’autre qu’à eux-mêmes – épiques et pour­tant bizarres, lourds et toute­fois ponctuelle­ment gra­cieux, nor­més et néan­moins striés d’éclats.