Depuis la fail­lite de sa mai­son de pro­duc­tion Lion Rock en 2017, John Woo peine à trou­ver un nou­veau souf­fle. Et ce n’est pas The Killer, remake occi­den­tal de l’un de ses meilleurs films chi­nois sor­ti en 1989 qui va faire grandir notre ent­hou­si­asme. On s’évitera ici de recourir au petit jeu des ressem­blances et dis­sem­blances avec l’original, tant l’exercice éclipse presque la copie. Que Woo s’échine à repro­duire depuis vingt ans des motifs (vols de colombes, fusil­lades choré­graphiées, ralen­tis can­dides, gun­fights) usés jusqu’à la corde, par lui-même ou ses nom­breux épigones, passe encore, mais que ce nar­cis­sisme d’auteur con­fine à un manque cri­ant d’inventivité inquiète davan­tage.

Un seul plan suf­fit à point­er l’absence de vision du cinéaste. Durant une scène d’interrogatoire, le reflet du vis­age du flic (Omar Sy, dont le jeu gri­maçant se résume à adopter un sourire charmeur ou à ser­rer les dents) et celui de la « tueuse » (Nathalie Emmanuel) se super­posent sur une vit­re. La jeune femme lui demande alors : « Vous feriez-quoi si vous n’étiez pas polici­er ? ». Et de répon­dre à sa place : « Vous seriez moi et je serais vous ». La bonne idée toute rel­a­tive du départ (la sem­piter­nelle inter­change­abil­ité des rôles chère à Woo) se voit aus­sitôt éclip­sée par la redon­dance du procédé qui non seule­ment alour­dit la sig­ni­fi­ca­tion du plan, mais ren­voie aus­si la mise en scène à un hori­zon illus­tratif. Il y a là, dans cette lis­i­bil­ité recher­chée de deux vis­ages fon­dus en un, comme une volon­té de « bien faire » (c’est-à-dire de soulign­er et de pren­dre des pré­cau­tions). Une telle déférence de Woo envers son pro­pre ciné­ma, recon­duite sage­ment de scène en scène, aurait gag­né à être con­trar­iée. Elle accuse surtout un manque de tripes. Si les corps saut­ent, tombent, font volte-face et saig­nent dans The Killer, cette libéra­tion de forces et de mou­ve­ments s’avère en pure perte : elle tient du sur­place. Le film atteste, s’il le fal­lait encore, d’une nor­mal­i­sa­tion du ciné­ma de Woo, qui empile à présent plus sûre­ment les images toutes faites que les idées formelles. Un for­matage d’autant plus agaçant qu’il sem­ble témoign­er d’une résig­na­tion à ne plus filmer autrement.