Année 1950 : la guerre éclate en Corée. Deux frères se retrou­vent dans le con­flit, bien­tôt sanglant, qui divise leur pays. Le Sud doit se défendre con­tre l’en­vahisse­ment du Nord. C’est le pre­mier con­flit mon­di­al qui oppose cap­i­tal­isme (le Sud est soutenu par l’ONU et les États-Unis) et com­mu­nisme (la Chine et la Russie com­bat­tent aux côtés du Nord).

Kang Je-gyu est recon­nu comme l’un des réal­isa­teurs coréens les plus nova­teurs. Les séquences de son film sont d’un réal­isme inusité dans le ciné­ma coréen. Des chars grandeur nature, un train à vapeur, des véhicules blind­és, 25000 fig­u­rants, un mil­li­er d’armes d’époque, deux tonnes de poudre et de muni­tions. Le tra­vail pré­para­toire est aus­si d’une ampleur con­sid­érable : quinze mois de recherch­es doc­u­men­taires, trois mois de repérages et sim­u­la­tions, six mois de cast­ings. Durée du tour­nage excep­tion­nelle : cent quar­ante jours. Frères de sang est le pre­mier film coréen à utilis­er un super­viseur des effets visuels et l’une des rares pro­duc­tions locales tournées à deux équipes spé­cial­isées.

Pour la petite his­toire des gros chiffres, le coût total du film est de 13 mil­lions de dol­lars. Le réal­isa­teur et les pro­duc­teurs se sont quand même lancés dans le tour­nage sans être cer­tains de trou­ver des investis­seurs. Au tiers du tour­nage, ils ont mon­té une bande-annonce de 25 min­utes des­tinée à être présen­tée à Cannes. L’ac­cueil posi­tif bal­aya instan­ta­né­ment les doutes quant au finance­ment du film.

Kang Je-gyu a fait appel à des his­to­riens et des spé­cial­istes pour véri­fi­er ligne à ligne la vraisem­blance du scé­nario. La trame nar­ra­tive est con­stru­ite sur le point de vue indi­vidu­el des deux frères sud­istes qui sym­bol­ise la dual­ité et le partage de la Corée. L’his­toire per­son­nelle est le moyen pour le réal­isa­teur de ques­tion­ner la folie meur­trière et les choix de cha­cun dans une guerre qui fit cinq mil­lions de morts. Notons quand même le par­ti pris inévitable de ce film sud-coréen : la guerre de Corée est racon­tée par l’an­gle prin­ci­pal de la Corée du Sud. De plus, le titre orig­i­nal Tae guk gi désigne le dra­peau nation­al de la Corée du Sud.

Le pre­mier niveau de l’his­toire évoque l’his­toire vraie d’une femme racon­tée dans un doc­u­men­taire sur les com­bat­tants de la guerre de Corée. Celle-ci pleu­rait devant les « restes » de son mari qu’elle avait atten­du pen­dant un demi-siè­cle. Dans Frères de sang, Jin-suk le cadet à présent grand-père, reçoit, un demi-siè­cle après la fin de la guerre, un appel de l’ar­mée au sujet de son frère dis­paru. La nar­ra­tion sec­onde, enchâssée dans la pre­mière, rap­pelle en flash-back l’his­toire de ces deux frères, enrôlés de force dans ce com­bat qui met­tra un terme à leur bon­heur famil­ial en les divisant. Notons que le physique aux traits fins et purs des trois acteurs prin­ci­paux (ils ont été mod­èles avant d’être acteurs) sou­tient la tragédie de la guerre : tous les civils, à par­tir de 18 ans, doivent par­ticiper au com­bat, qu’ils soient cireur de chaus­sure comme l’est Jin-tae le frère aîné, ou étu­di­ant comme son puîné, Jin-suk.

Le drame épique Shiri de Kang Je-gyu en 1999 dou­blant sans con­teste le suc­cès de Titan­ic à la même date avait déjà prou­vé les capac­ités du ciné­ma coréen. Avec Frères de sang, le ciné­ma coréen s’in­stalle inévitable­ment dans le com­merce inter­na­tion­al du ciné­ma.