On se croirait devant une instal­la­tion ou un film d’Apichatpong Weerasethakul : en pleine nuit, dans la forêt, des lumières éma­nent des ténèbres et volè­tent comme des luci­oles, jusqu’à ce qu’un embrase­ment soudain s’accompagne d’une déto­na­tion, puis d’une plongée dans le noir. Si la jun­gle thaï­landaise est loin – on est ici dans les Lan­des – , la stase hyp­no­tique à laque­lle con­vie le film trans­forme, comme chez l’auteur d’Oncle Boon­mee, le réel en univers mer­veilleux. Pre­mier long de Mona Con­vert, Un pays en flammes suit les per­for­mances pyrotech­niques menées par une drôle de famille spé­cial­isée dans les feux d’ar­ti­fice. Bien que cer­taines scènes dépeignent le quo­ti­di­en pit­toresque du groupe, vivant dans une ferme isolée avec mou­tons et chiens de berg­er, la majeure par­tie du réc­it se con­sacre à la cap­ta­tion de leurs spec­ta­cles incan­des­cents. Ces séquences per­me­t­tent au film de livr­er des moments d’une beauté inouïe, à l’intérieur d’un doc­u­men­taire aux con­tours pour­tant mod­estes (1h11, avec une trame réduite à l’os). Lors d’une répéti­tion, la famille organ­ise par exem­ple un feu d’artifice dans un espace à la végé­ta­tion foi­son­nante. Si l’obscurité et le feuil­lage brouil­lent déjà les repères, les embrase­ments suc­ces­sifs, qui jail­lis­sent à dif­férents niveaux dans la pro­fondeur de champ, recon­fig­urent la com­po­si­tion du plan et la par­ti­tion entre le vis­i­ble et l’invisible. Une sim­ple étin­celle dirige ain­si notre regard à droite, puis à gauche, puis en bas, avant que l’écran ne s’il­lu­mine inten­sé­ment.

Dans l’une des dernières séquences, une représen­ta­tion en pub­lic est si riche en vari­a­tions lumineuses qu’elle trans­forme, une fois altérée par la cadence d’enregistrement de la caméra (les 24 images/seconde ne peu­vent pas suiv­re le rythme), le doc­u­men­taire en film expéri­men­tal proche du flick­er, alter­nant entre noir et blanc à une cadence stro­bo­scopique. Tout au long du film, les décors landais appa­rais­sent comme un monde mag­ique peu­plé de sur­gisse­ments (des bich­es tra­ver­sant la route, des vach­es immo­biles émergeant du noir, etc.), tan­dis que les vis­ages des per­son­nages, sou­vent filmés en gros plan et entourés par l’obscurité, pren­nent des pro­por­tions gigan­tesques, évo­quant des coloss­es cracheurs de feu capa­bles de dompter les vol­cans. Entre ciné­ma fan­tas­tique et messe prim­i­tive, ser­tie de pas­sages musi­caux aux accents païens voire occultes, Un pays en flammes s’ar­tic­ule autour d’une idée élé­men­taire : le feu, c’est cinégénique.