Good One ressem­ble de prime abord à un film échap­pé de Sun­dance, dont la fac­ture cos­mé­tique n’aurait pas grand-chose à voir avec les autres films indépen­dants améri­cains présen­tés cette année à la Quin­zaine des Cinéastes (Eep­hus, Christ­mas Eve in Miller’s Point), autrement plus sin­guliers. Musique siru­peuse, découpage d’une grande plat­i­tude, paysages filmés depuis une voiture : tous les sig­naux sem­blent alors indi­quer un film inof­fen­sif. Seule­ment voilà, le film se fait plus com­plexe à mesure que le trio com­posé par Sam, son père et un vieil ami de ce dernier (Matt) s’en­fonce dans les bois, au cours d’une ran­don­née. Le temps s’écoule de plus en plus lente­ment : aux scènes ellip­sées et super­fi­cielles du début suc­cè­dent de longues plages de dia­logues assez fine­ment écrites, jusqu’à la séquence la plus étirée du film, se déroulant autour d’un feu. Une réplique, à la fin de cette scène, rebat toutes les cartes du réc­it et le scinde en deux : le ton doux-amer de cette balade vague­ment exis­ten­tielle laisse place, dans la dernière demi-heure, à une atmo­sphère beau­coup plus grave.

Cette rup­ture, qu’il serait dom­mage de dévoil­er (on dira seule­ment qu’elle change la per­cep­tion que l’on a de l’un des per­son­nages), pour­rait tir­er le film vers une forme de dis­cours appuyé, mais il évite cet écueil en cul­ti­vant une ambigüité et en restant chevil­lé à Sam. Cette ado­les­cente dis­crète (c’est la « good one » du titre) est aus­si une fine obser­va­trice. Avec son regard à demi éteint, elle perçoit ce que les autres ne voient pas. L’air de rien, India Don­ald­son parvient à capter de façon très juste le sen­ti­ment d’un fos­sé généra­tionnel, qui isole Sam du groupe et la con­traint au silence. Dans une ultime scène, par le dénoue­ment d’une farce que la jeune fille joue aux adultes (elle leste leurs sacs de petites pier­res avant de par­tir sans eux), la cinéaste fig­ure sym­bol­ique­ment une porte de sor­tie pos­si­ble – il faut pou­voir se délester des poids morts pour rétablir le dia­logue.