Inex­plic­a­ble­ment amputé de son arti­cle, The Iron Claw arrive en France rebap­tisé Iron Claw, tirant son titre d’une prise de catch. Cette « poigne de fer » est notam­ment la sig­na­ture que s’est choisie une dynas­tie de coloss­es élevés au grand air du Texas par Fritz Von Erich (Holt McCallany), qui fit momen­tané­ment car­rière au Japon avant de réin­té­gr­er le cir­cuit améri­cain pour ten­ter d’y faire tri­om­pher sa progéni­ture. Chargés de ramen­er dans la famille la cein­ture tant désirée qu’il avait échoué à rem­porter, ses fils suc­comberont les uns après les autres à la van­ité de leur père, déter­miné à réalis­er son rêve de jeunesse par procu­ra­tion – quoi qu’il en coûte à ses reje­tons. Sat­urne dévo­rant ses enfants : tel est le pos­tu­lat du film, qui prend des licences avec la biogra­phie offi­cielle pour en venir au plus vite à ce qui l’intéresse ; soit met­tre à nu, ou du moins en petite tenue, la mas­culin­ité tox­ique et son­der ses réper­cus­sions sur ceux qui la per­pétuent, par­fois à leur corps défen­dant. Il s’y essaie avec des for­tunes divers­es, la mise en scène n’é­tant pas tou­jours à la hau­teur d’une direc­tion d’acteurs qui, quant à elle, accouche d’une dou­ble révéla­tion.

Tout d’abord Zac Efron, qui joue Kevin, l’aîné et seul sur­vivant de la fratrie mau­dite – assuré­ment son meilleur rôle à ce jour. Après s’être forgé, de Bay­watch à Nos Pires voisins, une per­sona de jock inso­lent ivre de ses priv­ilèges, l’ex-minet inof­fen­sif de la Dis­ney Chan­nel sur­prend par sa méta­mor­phose rad­i­cale, qui du reste n’est pas que physique. Body­buildé à l’excès, Efron donne l’impression d’avoir para­doxale­ment dû se caparaçon­ner de mus­cles pour enfin fendre l’armure. Si sa car­rure ne lui est d’aucun recours face à l’emprise qu’exerce son père, elle devient sur le ring l’instrument d’une éman­ci­pa­tion certes choré­graphiée par le patri­arche, mais qui n’en demeure pas moins libéra­trice. La seule arène où « Kev » livre réelle­ment un com­bat per­du d’avance est famil­iale, dom­inée par l’ogre pater­nel. La part la plus réussie du film, mal­heureuse­ment trop brève, tient à l’évocation d’un plaisir sim­ple dont Mag­ic Mike XXL avait déjà fait son miel, la joie de diver­tir son pub­lic en se livrant à des acro­baties en slip. La bien­veil­lance est ici un droit d’aînesse : Kevin ne vit que pour ren­dre ses fran­gins heureux, là où Fritz n’a de cesse de les divis­er pour mieux régn­er, comme en témoigne la façon dont il indexe son affec­tion pour ses enfants sur leurs per­for­mances sportives.

L’autre atout maître du cast­ing se con­jugue au féminin. Pour rompre le sort qui s’acharne sur lui, il fal­lait qu’une fée vienne au sec­ours de Kevin. Elle prend ici les traits de Pam, inter­prétée par Lily James, d’une fraîcheur désar­mante en admi­ra­trice pleine d’initiative qui ren­verse les polar­ités tra­di­tion­nelles de la séduc­tion. Le réen­chante­ment qu’apporte sa présence sous­trait Kevin à la fatal­ité dans laque­lle sont pris ses frères, bien­tôt appelés à devenir les pro­tag­o­nistes d’une his­toire de fan­tômes qui se déroule par­al­lèle­ment à la sienne. Ce décou­plage s’opère néan­moins de manière trop linéaire et hâtive, le film ne déviant jamais de son hori­zon trag­ique, pour s’achever sur une cathar­sis éton­nam­ment atone. La faute à une mise en scène qui pêche par sa retenue, au point de frôler la plat­i­tude, quand elle ne cède pas à la sig­nalé­tique des pro­duc­tions A24, avec sa palette chro­ma­tique vin­tage légère­ment délayée et ses références pop voy­antes. Pour qu’Iron Claw emporte com­plète­ment l’adhésion, encore aurait-il fal­lu ne pas laiss­er aux seuls acteurs le soin d’ex­primer l’affliction endurée par leurs per­son­nages.